La couleur de la mort
par Pema Tseden

La couleur de la mort

À cause de son étrange frère jumeau, le beau Nyima se disputait parfois avec sa petite amie Drolma. Elle voulait se marier. Mais il lui répondait toujours : « Attends un peu que Dawa aille mieux, alors on se mariera. » Jusqu’à ce que la mort s’en mêle.

21724-b15c72 Publié dans le magazine Books, septembre 2013. Par Pema Tseden
En allant voir Nyima, ce jour-là, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir lui dire, mais en vain : je ne trouvais rien. Je lui avais passé un coup de fil, juste avant : « Je suis revenu, je vais passer te voir. » J’avais entendu un murmure à l’autre bout de la ligne, puis il avait raccroché. Nyima a un petit frère qui s’appelle Dawa (1). Ils sont jumeaux ; mais, comme Nyima est né le premier, ses quelques minutes d’avance lui donnent droit, de fait, au titre de frère aîné. Leur père est mort quand ils étaient encore enfants, si bien que la charge de s’occuper du petit Dawa a très tôt incombé à Nyima. Dans les moments difficiles, il disait souvent : « C’est pas juste que je sois né le premier, dommage que ce soit pas lui qui soit né quelques minutes avant moi. » Nyima était un gamin astucieux et doué ; tout le monde voulait être son copain, mais personne ne voulait être celui de son petit frère. On disait qu’il n’était pas très normal, Dawa. Mais Nyima refusait de l’admettre ; il répondait toujours que c’était juste que Dawa était encore petit, et qu’il irait mieux en grandissant. Il fallut attendre que Dawa ait seize ans, et qu’il caresse un jour la poitrine de Drolma, pour que Nyima, furieux, lui lance : « T’es vraiment cinglé quand même ! » Pour toute réponse, Dawa avait éclaté de rire. Drolma était la petite…

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