La Nouvelle-Orléans créole

La Nouvelle-Orléans créole

Dans les années 1740, à l’époque de Louis XV, La Nouvelle-Orléans se considérait comme une ville « créole ». Mais le mot n’avait pas le même sens qu’aujourd’hui. Il désignait les habitants de souche qui n’étaient pas indigènes, qu’ils fussent d’origine européenne ou africaine, apprend-on dans un livre de Ned Sublette.

Publié dans le magazine Books, mars 2009.

Dans les années 1740, à l’époque de Louis XV, La Nouvelle-Orléans se considérait comme une ville « créole ». Mais le mot n’avait pas le même sens qu’aujourd’hui. Il désignait les habitants de souche qui n’étaient pas indigènes, qu’ils fussent d’origine européenne ou africaine. De même, au siècle suivant, le « quartier français » de la ville l’était dans un sens particulier. Son plan avait certes été dessiné par les Français, avant la cession de La Nouvelle-Orléans à l’Espagne en 1763, mais les plus anciennes maisons étaient espagnoles, et l’essentiel du caractère « français » dudit quartier venait de l’exil, du fait de la révolution haïtienne de 1791-1804, de milliers de planteurs francophones et de « créoles de couleur », auxquels s’ajoutèrent des milliers d’autres parmi ceux qui s’étaient d’abord réfugiés à Cuba avant d’en être chassés par les Espagnols en 1809. La ville comptait aussi de nombreux Acadiens français, expulsés du Canada britannique en 1755.
Quand, après avoir à nouveau acquis La Nouvelle-Orléans, Napoléon la vendit avec la Louisiane pour une bouchée de pain à Jefferson en 1803, les Noirs y jouissaient d’un statut relativement enviable. Beaucoup d’entre eux étaient des hommes libres. En outre, les esclaves bénéficiaient, sous le régime espagnol, de droits sensiblement plus étendus qu’ils n’en auront, plus tard, sous le régime américain. Ils avaient le droit de passer des contrats pour acheter leur liberté ou pour devenir propriétaires. Et puis, ils avaient toute liberté, le samedi, de se livrer à leurs activités cultuelles, marchandes… et musicales. Le centre de ces activités était la « place Congo » (devenue plus tard Congo Square), un terrain herbeux en marge de la vieille ville. C’est cette place qui fut le creuset de la musique noire américaine. Déjà auteur d’un ouvrage remarqué sur l’histoire de la musique cubaine, Ned Sublette retrace la convergence des héritages, les Ardras du Bénin, les Wolofs et les Bambara du Sénégal, les Congos d’Afrique centrale… Un ouvrage passionnant, écrit Joshua Jelly-Schapiro dans The Nation. C’est en 1819, note-t-il au passage, que le mot « rock » apparaît pour la première fois dans un écrit lié à la musique noire, sous la plume de l’écrivain H.C. Knight : « Le samedi soir, les esclaves africains se réunissent sur un champ, près des marais, et bercent (rock) la ville de leurs danses Congo. » Le récit de Sublette s’arrête plusieurs décennies avant l’avènement du jazz, à la fin du XIXe siècle, quand les Noirs, ayant acquis leur liberté après la guerre de Sécession, exploitèrent des instruments de Blancs pour faire vibrer leurs rythmes.

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