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Mercredi 02 décembre 2009

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La vraie nature de La Route

Le Livre

La Route
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Cormac McCarthy est considéré comme l’un des plus grands auteurs américains contemporains. La Route est son dixième roman.

par Cormac McCarthy

Points

C’est au tour de John Hillcoat de se frotter à l’œuvre singulière de Cormac McCarthy. Dans les pas des frères Coen et de leur fascinant No Country for old men, le cinéaste australien transpose à l’écran l’univers post-apocalytptique gris et terrifiant du bestseller La Route. Le film sort laujourd'hui en France, avec Viggo Mortensen dans le rôle principal.
Prix Pulitzer 2007, ce roman largement acclamé a valu à son auteur les comparaisons les plus flatteuses : on voit en lui du Faulkner, du Hemingway, du Beckett et du Saramago. Mais comment définir précisément cette marche sans fin d’un père et de son fils le long d’une route improbable, dernier vestige d’un monde anéanti par une catastrophe indéfinie ? Un adjectif irrigue nombre des articles parus à propos du livre dans la presse anglo-saxonne : « biblique ». « McCarthy véhicule une colère presque biblique en portant témoignage de scènes que l’homme n’était pas censé voir un jour », écrit Janet Maslin dans le New York Times. Dans le même journal, William Kennedy parle d’un « conte » biblique.
Un terme suspect aux yeux de l’écrivain Michael Chabon : « Le préjugé anti-science fiction est si fort chez certains lecteurs et écrivains, qu’un critique charitable aura souvent recours, pour faire passer la pilule, à des mots comme ‘‘parabole’’ ou ‘‘fable’’ à propos d’un livre de S.-F. écrit par un auteur du courant dominant », relève-t-il dans la New York Review of Books. La coloration biblique de La Route ferait donc office de blanc-seing pour un livre « que beaucoup de critiques semblent avoir lu comme un détour vers la science-fiction, détour que peut raisonnablement se permettre tout écrivain reconnu ». La Route en a en effet certains attributs : un message écologiste sous-jacent dans la description de forêts ravagées,  une réflexion sur l’autodestruction des hommes, et l’anonymat des deux personnages principaux. Mais, tranche Chabon : « La Route n’est ni une parabole, ni de la science-fiction, et il ne marque pas l’éloignement, mais au contraire le retour de McCarthy à un genre où il excelle : l’aventure et l’horreur gothique ». Dans le premier registre, l’un des modèles implicites n’est autre que le mythique Robinson Crusoé. Dans le second, on pense à Poe et Lovecraft.
Le genre n’est pas la seule dimension de La Route à avoir été mal interprétée. Selon Chabon, on passerait à côté de l’essentiel en ne voyant là que  « parabole intemporelle de la dévotion d’un père envers son fils ». La Route est de façon plus significative « un témoignage des plus abyssales peurs parentales. La peur de laisser son enfant seul. La peur d’être un jour obligé, pour son bien, sa tranquillité et son confort, de faire violence à son enfant ou même de mettre fin à ses jours. Et, par dessus tout, la peur de savoir que l’on a laissé à ses enfants un monde plus abîmé, plus envenimé, plus ignoble et violent et déprimant et toxique, plus damné que celui dont on a hérité ». « La culpabilité d’un père ». Là réside la métaphore de La Route. Et la plus grande des horreurs, aujourd’hui portée à l’écran.

Site officiel du film

Lire :

L’article de la New York Review of Books
L'article de Janet Maslin dans le New York Times

L'article de William Kennedy dans le New York Times

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