Revenu universel : les bases du plaidoyer
par Philippe Van Parijs

Revenu universel : les bases du plaidoyer

Même modeste, un revenu versé à tous sans contrepartie serait un formidable outil de liberté et d’égalisation des chances. Il permettrait de lutter contre le chômage sans accroître la pauvreté, favoriserait les emplois de qualité et l’indépendance des femmes et mettrait un frein au productivisme destructeur de l’environnement.

 

Publié dans le magazine Books, mai / juin 2017. Par Philippe Van Parijs

© Bruno Charoy / Pasco

Bientôt, le droit de chacun à un revenu nous semblera encore plus naturel que le droit de chacun à voter, prédit l'économiste et philosophe belge Philippe Van Parijs.

À l’orée du nouveau millénaire, je verse au débat une proposition visant à améliorer le sort du genre humain : ­l’attribution à chaque individu d’un ­revenu de base universel (RU) suffisant pour assurer le minimum vital. Dans un monde où un enfant de moins de 5 ans meurt de malnutrition toutes les deux secondes et où près d’un tiers de la population mondiale vit dans l’« extrême pauvreté », l’adoption de cette proposition à l’échelle de la planète peut sembler follement utopique (1). Certains lecteurs jugeront le projet irréalisable, y compris dans les plus riches des pays de l’OCDE. Et pourtant, dans ces pays, la productivité, la richesse et le revenu national ont atteint un niveau suffisant pour rendre possible un RU de niveau acceptable. Une fois instauré, ce revenu deviendrait un puissant instrument de justice sociale : en fournissant à chacun les ressources ­matérielles dont il a besoin pour atteindre ses objectifs, il accroîtrait la liberté réelle de tous. Dans le même temps, il aiderait à résoudre les dilemmes politiques que posent la pauvreté et le chômage, tout en servant la cause de l’écologie et du ­féminisme. C’est en tout cas ce que je vais m’efforcer de montrer. Comme beaucoup d’autres en Europe (2), je suis convaincu que le RU constituerait une mesure de bon sens au sein de l’Union européenne. Comme l’a expliqué le sénateur brésilien Eduardo Suplicy (3), la mesure présenterait aussi un intérêt pour les pays moins développés. Non seulement elle permet de maintenir le cap sur un haut niveau de solidarité sociale sans…

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Commentaires

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  1. Jean-Louis POMIAN dit :

    Je suis abonné et cherche à bénéficier de la lecture numérique. Comment se fait-il que je ne puisse pas accéder à la totalité de l’article ci-dessus ? Existe-t-il une manip. particulière ?
    Merci de votre aide.

  2. Thibaut dit :

    Le caractère universel du RU choque certains Citoyens qui ne comprennent pas qu’il puisse être également versés aux « riches ».
    Face à cette objection, je voudrais proposer 2 réflexions, l’une administrative, l’autre fiscale et budgétaire.
    Sur le plan administratif, le caractère universel du RU évite de mettre en place une importante Administration qui, sur base des revenus antérieurs, déciderait qui « ouvrirait » ou non le Droit à la perception du RU ! Et qui perdait (ou accèderait à) ce Droit au cours de son existence. Grâce au caractère universel et avec le Numérique bancaire actuel, tous les RU peuvent être virés sur tous les comptes bancaires des bénéficiaires. Ce versement du RU mensuel ne prendrait que quelques minutes pour les Banques informatisées comme elles le sont toutes aujourd’hui.
    Sur le plan fiscal , il faut faire remarquer que l’ajout du RU à d’autres revenus élevés (prof., dividendes, etc) pourrait amener ce Contribuable à payer d’avantages d’impôts sur les personnes physiques (IPP), voire à le faire passer à une tranche d’imposition supérieure. Dès lors, via ce genre de fiscalisation supplémentaire du RU permettra à l’Etat de récupérer une bonne partie de sa mise RU. Les riches atteindraient peut être des montants de revenus tels qu’ils seraient soumis à un taux d’imposition supérieur, de l’ordre de 50 % par exemple. Ainsi, grâce à ce mécanisme fiscal, les RU alloué aux riches reviendrait à l’Etat via le fisc. Il fautse référer aux taux d’imposition appliqués selon les tranches de revenus pour constater qu’il y aurait un « return » fiscal, +/- élevé selon le montant globalisé (avec le RU donc) des revenus des Contribuables. Le « return » des « pauvres » serait nul ou faible
    Sur le plan budgétaire et grâce à la fiscalité du RU à l’IPP pour les plus riches, le financement du RU apparait sous un autre jour,plus facile grâce au « return » fiscal émanant des plus riches contribuables.
    Voilà quelques réflexions qui, je l’espère, atténueront l’opposition au caractère universel du RU

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