Boulgakov remastérisé
Le Maître et Marguerite restructuré et coupé, ce n’est plus Le Maître et Marguerite. La version graphique du roman de Boulgakov a perdu la magie qui fait de l’original un chef-d’œuvre.
Le Livre
Le Maître et Marguerite. Un roman graphique
Self Made Hero
© Andrzej Klimowski/SelfMadeHero 2008
Une illustration tirée de l’adaptation graphique du Maître et Marguerite. Une histoire plutôt agréable, mais ce n’est ni Boulgakov, ni Le Maître et Marguerite…
Dans un article intitulé « Le fait littéraire » et publié en 1924, Iouri Tynianov (1) affirmait que les romanciers, dans l’Union soviétique d’alors, écrivaient sans joie, comme s’ils avaient à pousser des rochers. Il ajoutait que les éditeurs portaient ces rochers à l’imprimerie avec moins de joie encore, et que les lecteurs les considéraient ensuite avec la plus totale indifférence. Ils se traînaient jusqu’aux librairies en demandant : alors, quoi de neuf ? Et, après s’être vu confier ce qu’ils étaient venus chercher, ils s’apercevaient qu’il n’y avait là nulle nouveauté. Selon Tynianov, les éditeurs ne publiaient en effet, à quelques exceptions près, que les aventures de Tarzan, du fils de Tarzan, de la femme de Tarzan, de son bœuf et de son âne. Grâce à ces éditeurs, et à la propagande d’Ehrenbourg (2), le lecteur finissait presque par penser que la littérature russe se résumait, en substance, aux aventures de Tarzan.
Je soupçonne fort que Tynianov fait référence ici à cette masse d’orphelins à demi sauvageons qui étaient devenus les principaux protagonistes des romans russes des années 1920, dans le sillage du premier roman d’Ilya Ehrenbourg, Les Aventures extraordinaires de Julio Jurenito et de ses disciples, dont les personnages sont précisément des orphelins moitié sauvages moitié cultivés, des traîne-misère de l’empire soviétique. Une autre veine, dixit (...)
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Notes
2| Malgré son ambivalence envers un régime auquel il n’adhérait que partiellement, l’écrivain et journaliste Ilya Ehrenbourg a joué un rôle essentiel dans la propagande soviétique.
Bibliographie
Gemma Salem, Le Roman de monsieur Boulgakov, Zulma, 2003.
Sources de l'article
Il Manifesto








Spécialiste de littérature russe, Paolo Nori est traducteur et écrivain. Son premier roman, Bassotuba non c’è (DeriveApprodi, 1999) est paru en français sous le titre Bassotuba n’est plus là?! (Mille et une nuits, 2001). Il a fondé la revue littéraire L’Accalappiacani. 


















