Littérature & Arts

Mardi 23 février 2010

Numéro 12

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Chatterton, un poète pas si maudit

En se suicidant à l’âge de 18 ans, Thomas Chatterton est devenu l’archétype du héros romantique. Mais a-t-il vraiment mis fin à ses jours ? Un livre met en doute la légende et dresse le portrait d’un ambitieux faussaire et débauché.

Le Livre

Chatterton ou la falsification du monde
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Jürgen Heizmann est spécialiste des littératures et cultures des XVIIIe et XXe siècles. Il est responsable de la section d’études allemandes de l’université de Montréal, au Québec.

par Jürgen Heizmann

Mattes

Le 24 août 1770 au matin, on découvrit le cadavre du poète Thomas Chatterton sur le lit de sa mansarde à Holborn, l’un des quartiers les plus mal famés de Londres ; sur le sol, des pages manuscrites, et, dans un verre, des traces d’arsenic. Celui qui venait de mourir si jeune – il n’avait pas 18 ans â€“ et dans des conditions si misérables n’était pas un inconnu. Durant son apprentissage dans un cabinet d’avocats de Bristol, il s’était illustré par la diffusion de textes du bas Moyen Âge – des documents municipaux et des poèmes, des drames, et même une épopée â€“ qu’il prétendait avoir trouvés dans un coffre poussiéreux, au fin fond du grenier d’une vieille église.


Naissance d’un mythe

Les poèmes, à l’orthographe irrégulière ancienne mais d’une étonnante force expressive, dataient – selon leur découvreur â€“ du XVe siècle, et ils étaient signés d’un prêtre, poète à ses heures, du nom de Thomas Rowley. Les habitants de Bristol tirèrent fierté de ces trouvailles, qui eurent un retentissement considérable, au-delà de la ville, et éveillèrent un regain d’intérêt pour le « gothique Â» – la culture et la poésie d’une époque que les Lumières avaient considérée comme barbare.

Seuls quelques rares sceptiques mirent en doute l’authenticité des textes. La suite leur donna raison : le copiste les avait intà (...)

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Commentaires
Notes
1| Goeffrey Chaucer et Edmund Spencer sont deux poètes anglais, respectivement du XIVe et du XVIe siècle. Le premier est l’auteur des fameux Contes de Contorbéry, l’une des Å“uvres fondatrices de la littérature anglaise.

2| Dans les années 1830, Alfred de Vigny consacra une pièce de théâtre à Chatterton, ainsi que ?l’un des trois récits de Stello. Le romancier et dramaturge allemand Hans Henny Jahnn est l’auteur d’une pièce de théâtre intitulée Thomas Chatterton (1955).

3| Le poète écossais James Macpherson publia dans les années 1760 des chants épiques qu’il attribua à Ossian, un barde et guerrier légendaire qui aurait vécu au IIIe siècle. Ils connurent un succès prodigieux. Nous savons aujourd’hui que, pour l’essentiel, Macpherson ?en était le véritable auteur.
Sources de l'article

Neue Zürcher Zeitung

Fondé au XVIIIe siècle, le quotidien de Zürich, capitale économique de la Suisse, est l’un des plus anciens en langue allemande. Pour beaucoup, il est aussi le meilleur. Austère et sérieux, sa lecture est cependant loin d’être rebutante en raison du soin apporté à l’édition. S’il donne la priorité à l’actualité internationale et aux affaires, ce généraliste se distingue par un Feuilleton (section qui groupe les rubriques « Lettres », « Culture » et « Sciences ») de grande qualité. Même si le NZZ est très lu, sa diffusion de 150 000 exemplaires est à la mesure de son public restreint. Le lecteur se pose donc inévitablement la question : comment fait-il ? Le prix de vente donne assurément une première réponse : 2,60 €. Le site vaut le détour. www.nzz.ch

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L'auteur de l'article

Werner von Koppenfels

Professeur émérite à l’université de Munich, Werner von Koppenfels a longtemps enseigné la littérature anglaise. Il a traduit, entre autres, les poèmes de John Donne et Emily Dickinson. Son dernier livre, « L’autre regard ou l’héritage de Ménippe Â», est paru en 2008 chez Beck.

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