« Comment les Flamands ont révolutionné la peinture »
Au XVe siècle, la bourgeoisie flamande se saisit du tableau, invention récente, pour glorifier le réel. Ce faisant, elle consacre le triomphe de la peinture, jusque-là considérée comme un art secondaire. La noblesse lui préférait la sculpture. Notre rapport à l’art n’a plus jamais été le même.
Le Livre
Miroir du monde. L’invention du tableau aux Pays-Bas
Né en 1935, l’Allemand Hans Belting est un grand historien et anthropologue de l’art. Il a enseigné notamment à Heidelberg, à Harvard et au Collège de France. Son dernier ouvrage paru en français : La Double Perspective. La science arabe et l’art de la Renaissance, Les Presses du réel, 2010 (voir Books, n° 20, p. 37).
par Hans Belting
C.H. Beck
© AKG
Margareta Van Eyck nous regarde comme elle a dû regarder jadis son époux, le peintre Jan Van Eyck.
Dans votre livre, vous défendez une thèse surprenante : la peinture aurait été inventée dans la Flandre du XVe siècle. Mais n’existait-elle pas auparavant ?
En réalité, je ne parle pas de l’invention de la peinture, mais de l’invention du tableau, ce qui est très différent. Bien sûr que la peinture existait auparavant : sous forme d’icônes, de fresques ou de miniatures. C’est le tableau qui est né à ce moment-là, c’est-à-dire un objet indépendant, transportable, avec un cadre, et que l’on peut accrocher au mur d’une pièce. Cela n’a l’air de rien, mais c’est la plus importante innovation de la culture européenne de cette époque. Le tableau n’existe dans aucune autre civilisation. Et la peinture occidentale, elle, ne se conçoit dès lors plus sans le tableau.
Les Italiens n’avaient-ils pas déjà inventé le tableau avant les Flamands ?
Le tableau apparaît en Italie et en Flandre à peu près au même moment. Mais avec de grandes différences. Dans son célèbre traité De pictura, Alberti aborde la peinture d’un point de vue qui n’a plus rien d’artisanal ; il est avant tout scientifique. Alberti s’interroge sur la nature et sa représentation d’une façon plus conceptuelle qu’empirique, en comprenant l’image comme une construction mathématique régie p (...)
Pour accéder à cet article, vous pouvez :
- vous inscrire sur le site de Books pour découvrir librement trois contenus du journal : cliquez ici
- souscrire à notre offre d’essai web : pour 9€ tous nos articles et toutes nos archives accessibles gratuitement pendant un mois, cliquez ici
- vous abonner à Books : voir l’intégralité de nos offres ici
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Commentaires
-
Identifiez vous pour pouvoir laisser un commentaire. Saisissez vos identifiants dans l'espace abonné ou inscrivez-vous en un clic
Notes
Bibliographie
Tzvetan Todorov, Éloge de l’individu. Essai sur la peinture flamande de la Renaissance, Seuil, coll. « Points », 2004. Pourquoi les peintres flamands furent les premiers à représenter l’individu.


























