Littérature & Arts

Lundi 22 février 2010

Numéro 12

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García Márquez, l’homme qui aimait les dictateurs

Monstre sacré de la littérature hispano-américaine, l’écrivain colombien est fasciné par les tyrans. Dans ses livres comme dans la vie. Son attirance pour le pouvoir l’a conduit à soutenir Fidel Castro contre vents et marées. Une imposante biographie fait remonter ce goût des caciques à son enfance, dominée par la figure charismatique d’un grand-père.

Le Livre

Gabriel García Márquez : une vie
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Spécialiste de la littérature latino-américaine, Gerald Martin enseigne à l’université de Pittsburgh,aux États-Unis. Sa biographie de Gabriel García Márquez est le fruit de dix-sept années d’enquête.

par Gerald Martin

Bloomsbury

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Quand Gabriel García Márquez termina la rédaction de Cent ans de solitude, en août 1966, il avait près de 40 ans, deux jeunes garçons, et il était si fauché qu’il n’avait pas de quoi expédier le manuscrit de Mexico, où il vivait, à Buenos Aires, chez son éditeur potentiel. Dans sa biographie, Gerald Martin raconte : « Le paquet contenait 490 pages dactylographiées. Le guichetier annonça : “82 pesos.” García Márquez regarda Mercedes [sa femme] fouiller dans son porte-monnaie. Ils n’avaient que 50 pesos et ne pouvaient envoyer que la moitié du livre environ : García Márquez obligea l’employé à enlever les feuillets un à un, comme des tranches de bacon, jusqu’à ce que la somme suffise à payer l’envoi. Ils rentrèrent chez eux, gagèrent le radiateur, le sèche-cheveux et le mixeur, retournèrent à la poste et expédièrent la seconde partie. »

En l’espace d’un an, le succès du roman allait plonger García Márquez dans ce qu’il appellerait « la frénésie de la renommée » ; pour trouver un auteur jouissant d’une telle célébrité, il faut remonter à Hemingway. Avant Cent ans de solitude, il avait publié trois nouvelles chez d’obscurs éditeurs. Davantage influencés par le cinéma néoréaliste de Vittorio De Sica que par une quelconque référence littéraire, ils n’étaient connus que d’une poignée de connaisseurs. En 1955, son métier de journali (...)

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Commentaires
Notes
1| De la fin des années 1940 aux années 1960, La Violencia opposa libéraux et conservateurs. Elle entraîna la mort de 250?000 Colombiens.

2| Citons l’Argentin Julio Cortázar, le Mexicain Carlos Fuentes et le Péruvien Mario Vargas Llosa. Gerald Martin situe le début du boom en 1963, lorsque fut publié Marelle, le roman de Cortázar.

3| Le romancier cubain Alejo Carpentier créa en 1949 l’expression « lo real maravilloso » pour décrire ce qu’il considérait comme sa propre version du surréalisme français. En 1946, Miguel Angel Asturias avait consacré un roman fantasmagorique à un dictateur, El Señor Presidente, qui servit de prototype à García Márquez pour L’Automne du patriarche.

4| Entre 1899 et 1902, la guerre dite des Mille Jours oppose libéraux et conservateurs en Colombie. Elle aurait fait environ 100?000 morts.

5| Aussitôt après que le Portugal eut accordé son indépendance à l’Angola, en 1975, Cuba envoya des milliers de soldats combattre dans le camp du MPLA marxiste, alors au pouvoir, contre l’UNITA soutenue par les États-Unis. L’armée cubaine resta treize ans en Angola et joua un rôle décisif dans la victoire du MPLA.
Bibliographie
Juan Gustavo Cobo Borda, À la rencontre de García Márquez, Espace 34, 2000. Par un poète et critique littéraire colombien bon connaisseur de l’œuvre de García Márquez.

Mario Vargas Llosa, García Márquez : historia de un deicidio (« García Márquez. Histoire d’un déicide »). Le livre que le grand écrivain péruvien avait écrit à la gloire de son ami avant leur violente rupture.

Jean Franco et Jean-Marie Lemogodeuc, Anthologie de la littérature hispano-américaine du XXe siècle, PUF, 2002. Une référence.
Sources de l'article

The New York Review of Books

Créé en 1963, ce bimensuel publié à New York est une véritable institution intellectuelle et littéraire. Rédigés par les meilleurs auteurs, ses essais se distinguent par une exceptionnelle qualité d’écriture et de réflexion. Hannah Arendt, Jean-Paul Sartre, Nadine Gordimer, Vaclav Havel, Gore Vidal ont écrit dans ses colonnes, faisant le succès (125 000 exemplaires vendus) et la réputation de la New York Review.

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L'auteur de l'article

Michael Greenberg

Auteur et journaliste new-yorkais, Michael Greenberg collabore notamment au Times Literary Supplement et à la New York Review of Books. Le bouleversant récit de la première crise de schizophrénie de sa fille, Sally, vient de sortir en français chez Flammarion sous le titre Le jour où ma fille est devenue folle (Books avait publié un article de la romancière Joyce Carol Oates sur cet ouvrage dans son n° 3).

 

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