Goethe, homme d'argent
Le grand écrivain avait aussi le sens des affaires. Il contribua à faire reconnaître le droit d’auteur en Allemagne.
Le Livre
Le génie et l’argent. Les finances de Goethe
par Jochen Klauss
Artemis & Winkler, non traduit
Goethe fut, on le sait, un digne représentant de l’époque bourgeoise ; l’habileté avec laquelle il gérait l’argent en est une illustration. Il était issu d’une famille fortunée qui pouvait se permettre, alors qu’il n’était qu’étudiant, de lui verser de généreux subsides. Ses premiers succès littéraires, prodigieux, lui permirent d’entrer [en 1775, à 26 ans] au service du duché de Weimar où il compta rapidement parmi les fonctionnaires les mieux payés. Dès ses débuts, il fut donc indépendant des honoraires d’auteur qui, dans les conditions du XVIIIe siècle – la propriété littéraire n’existait pas juridiquement –, ne pouvaient permettre à un écrivain de vivre. Il ne connut jamais les problèmes d’argent de Schiller et Schlegel. Sa production put ainsi suivre son cours tranquillement et indépendamment des attentes du public – ce qui ne l’empêcha pas de rencontrer ponctuellement sa faveur comme [en 1796] avec le poème épique Herrmann et Dorothée. Un train de vie luxueux, des voyages lointains effectués dans le plus grand confort, de gigantesques collections d’œuvres d’art et de minéraux, une excellente table, une garde-robe élégante, un carrosse privé témoignaient auprès du monde entier de son aisance, digne d’un homme d’État de la vieille Europe.
Le goût du luxe, la haine de la spéculation
Ces informations nous sont parvenues grâce à Goet (...)
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Notes
1| La Fondation du classicisme de Weimar (Stiftung Weimarer Klassik) a notamment pour mission d’encourager la recherche sur Weimar.
2| Cette édition, conçue comme « définitive », parut entre 1827 et 1832, année de la mort de Goethe. Elle comportait quarante tomes, auxquels vinrent s’ajouter, entre 1832 et 1842, quinze volumes posthumes.
3| En 1792, le duc de Saxe-Weimar se rendit ?en France avec l’armée prussienne pour lutter contre les armées révolutionnaires. Goethe l’accompagna et put prendre la mesure de la radicale nouveauté de la Révolution française. Il rassembla ses souvenirs ?et ses réflexions dans La Campagne de France, parue trente ans plus ?tard, en 1822.
Sources de l'article
Süddeutsche Zeitung
Ce diabolique papier-monnaie
« On ne s’embarrassera plus de bourse et de sacoche ;
Une petite feuille est facile à porter sur le sein,
Elle s’y joint commodément à un billet doux.
Le prêtre la porte pieusement dans son bréviaire
Et le soldat, pour accélérer sa marche,
Allège vite la ceinture qui entoure ses reins. […]
Au lieu d’or et de perles, un tel papier
Est si commode ; on sait au moins ce que l’on a ;
Plus besoin de marchander ; nul souci de monnaie ;
On peut à son aise s’enivrer d’amour et de vin.
Veut-on du métal, le changeur est prêt,
Et si le métal manque, alors on fouille un moment.
Coupes et chaînes sont vendues aux enchères,
Et le papier aussitôt amorti,
À la confusion de l’incrédule qui nous raille insolemment.
Une fois qu’on y est accoutumé, on ne veut plus rien d’autre ;
Ainsi, dans tous les États impériaux, il y aura désormais
Assez de bijoux, de joyaux, d’or et de papier. »
Goethe, Faust II, trad. Suzanne Paquelin, in Théâtre complet, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1988.



























