Kafka trahi par la critique
Une nouvelle biographie explore les tiraillements qui ont marqué la vie de l’écrivain pragois, fonctionnaire génial et tourmenté. Elle invite le lecteur à se débarrasser des oripeaux de la kafkologie pour retourner à l’œuvre.
Le Livre
Franz Kafka. "Le monde prodigieux que j'ai dans la tête"
par Louis Begley
Odile Jacob
© Ullstein Bild/Roger-Viollet
Écrire des aphorismes, observa un jour l’écrivain autrichien Thomas Bernhard, c’est se livrer à un « art inférieur d’esprits au souffle court, un art dont certaines gens, surtout en France, ont vécu et vivent encore, en quelque sorte des pseudo-philosophes pour tables de nuit de malades […] dont les maximes finissent par s’étaler sur tous les murs de salles d’attente des cabinets médicaux [1] ». C’est aujourd’hui le lamento le plus courant parmi les nouveaux biographes et les adorateurs de Franz Kafka : au cours des quatre-vingts et quelques années qui se sont écoulées depuis sa mort, la déification de l’écrivain a ramené son œuvre au niveau de l’aphorisme. Si Kafka ne figure pas encore sur les murs de toutes les salles d’attente, la photo de son visage dur et de son regard triste, qui passe pour le parfait reflet de sa vision du monde, semble parfois être partout ailleurs ; jusque sur la couverture de l’essai biographique que le romancier Louis Begley vient de lui consacrer, sous le titre Franz Kafka : « Le monde prodigieux que j’ai dans la tête ». Ses nouvelles, plus que ses romans, restent très lues, mais elles se résument dans l’imagination populaire en un mot : kafkaïen.
Qu’est-ce que le kafkaïen ? C’est la scène décrite dans le récit intitulé « Rapport pour une Académie », où un singe doué de la parole relate ingénument son pénible cheminement (...)
Pour accéder à cet article, vous pouvez :
- vous inscrire sur le site de Books pour découvrir librement trois contenus du journal : cliquez ici
- souscrire à notre offre d’essai web : pour 6,5€ tous nos articles et toutes nos archives accessibles gratuitement pendant un mois, cliquez ici
- vous abonner à Books : voir l’intégralité de nos offres ici
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Commentaires
-
Identifiez vous pour pouvoir laisser un commentaire. Saisissez vos identifiants dans l'espace abonné ou inscrivez-vous en un clic
Notes
1| Thomas Bernhard, Le Naufragé, Gallimard, 1986.
2| Cette nouvelle fait partie du recueil Dans la colonie pénitentiaire, in Kafka, Œuvres complètes, II, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1980.
3| Walter Benjamin, « Franz Kafka », in Œuvres, II, Gallimard, coll. « Folio Essais » 2000.
4| Seule une toute petite partie de l’œuvre de Kafka est parue de son vivant, partie qui ne comprenait pas L’Amérique, ni Le Procès ni Le Château. Avant sa mort, l’écrivain avait demandé à son ami Max Brod de détruire tous les manuscrits, lettres et carnets qu’il laisserait derrière lui. Au lieu, de quoi Max Brod les publia.
5| Milan Kundera, Les Testaments trahis, Gallimard, 1993.
6| Manchester était alors la ville industrielle par excellence.
7| L’Amérique est également publiée en français sous le titre Amerika ou ?le Disparu (Garnier- Flammarion, 1993).
8| Hannah Arendt, Vies politiques, Gallimard, 1974.
9| Gotham est l’un des surnoms de New York, dont on attribue la paternité à l’écrivain du XIXe siècle Washington Irving. Les auteurs de bande dessinée s’en sont depuis emparés, et Gotham City est aujourd’hui d’abord connue pour être le décor cauchemardesque des aventures de Batman.
Bibliographie
Maurice Blanchot, De Kafka à Kafka, Gallimard, 1994.
Max Brod, Franz Kafka, Gallimard, 1991.
Robert Crumb et David Zane Mairowitz, Kafka, Actes Sud, 2007 (roman graphique).
Gilles Deleuze et Félix Guattari, Kafka, Pour une littérature mineure, Éditions de Minuit, 1975.
Gérard-Georges Lemaire, Kafka, Gallimard, 2005.
Sources de l'article
The Nation








Auteur américain, Alexander Provan collabore à de nombreuses publications, dont The Nation, Bidoun et GQ. Il a fondé la nouvelle revue politique et culturelle en ligne Triple Canopy, et vit à Brooklyn. 


















