La splendide illusion cubaine
La révolution cubaine est un échec cuisant. Comment expliquer la fascination qu’elle continue d’exercer ? Par l’idéalisme qu’elle a représenté, mais aussi en raison du génie politique de Fidel Castro, qui a su arracher l’île à la force d’attraction de la puissance américaine. Témoin de longue date, l’écrivain en exil José Manuel Prieto prend la plume pour répondre à ceux qui, à travers le monde, restent éblouis par un régime qu’ils ne connaissent ni ne comprennent vraiment. Extraits d’un ouvrage inédit dans sa langue d’origine.
Le Livre
La révolution cubaine expliquée aux chauffeurs de taxi
Suhrkamp
© AFP
La grande réussite de Fidel Castro est d'avoir su mettre en scène sa rupture avec les Etats-Unis. Dès le début, il a compris que tout se joue dans les médias - et ne l'a jamais oublié.
Le jour de mon arrivée à New York, il y a plus de dix ans, lors de mon deuxième ou troisième voyage en Amérique, j’envisageai le froid, la file de taxis, le paysage des États-Unis : ce pays avec lequel le mien avait été en guerre toute ma vie. Du moins était-ce ce qu’on m’avait répété sans relâche. Le chauffeur de taxi, un Indien ou un Pakistanais à l’air peu engageant, auquel je m’escrimais à donner l’adresse où j’allais, se tourna vers moi d’un bloc, me scruta une seconde, évalua mon accent et me demanda pour m’amadouer : « De quel pays toi venir ? »
Quelle ne fut pas sa réaction, à l’écoute de ma réponse :
« Cuba ? » Puis il enchaîna : « Fidel Castro ! »
La façon qu’il avait eue de le dire m’irrita au plus haut point : il claqua des doigts, se pourlécha les babines de plaisir, bomba le torse en me regardant une nouvelle fois dans le rétroviseur. Il prenait l’attitude, la véhémence, l’énergie de celui qui évoque avec admiration l’homme fort du village. Son anglais n’était pas meilleur que le mien, mais comme il désirait s’exprimer à tout prix, il porta la paume de sa main droite contre son poing fermé et fit entendre un sonore : « Il les a bien enc…, les Américains. »
Je suis sûr de m’être penché en avant pour déchiffrer son nom derrière la vitre. C’était l’un de m (...)
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Bibliographie
Hugh Thomas, Cuba, or the Pursuit of Freedom (« Cuba, ou la poursuite de la Liberté »), Da Capo Press, 1998. L’ouvrage de référence sur l’histoire ?de l’île, de la colonisation espagnole à la révolution.
En espagnol :
Velia Cecilia Bobes et Rafael Rojas, dir., La transición invisible, sociedad y cambio en Cuba (« La transition invisible, société et changement à Cuba »), Editorial Oceano de México, 2004. Une étude des récentes ?et profondes mutations de la société cubaine.
En français :
Jacobo Machover, Cuba, mémoires d’un naufrage, Buchet-Chastel, 2009. Le témoignage, critique, d’un journaliste exilé en France.
Amir Valle, La Havane Babylone. La prostitution à Cuba, Métailié, 2010. Une enquête de fond sur l’histoire de la prostitution sur l’île.



























