Littérature & Arts

Mardi 20 avril 2010

Numéro 13

Imprimer cet article Envoyer cet article à un ami Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Facebook

La splendide illusion cubaine

La révolution cubaine est un échec cuisant. Comment expliquer la fascination qu’elle continue d’exercer ? Par l’idéalisme qu’elle a représenté, mais aussi en raison du génie politique de Fidel Castro, qui a su arracher l’île à la force d’attraction de la puissance américaine. Témoin de longue date, l’écrivain en exil José Manuel Prieto prend la plume pour répondre à ceux qui, à travers le monde, restent éblouis par un régime qu’ils ne connaissent ni ne comprennent vraiment. Extraits d’un ouvrage inédit dans sa langue d’origine.

Le Livre

La révolution cubaine expliquée aux chauffeurs de taxi
couv-cuba.jpg
Né à La Havane en 1962, José Manuel Prieto, écrivain et traducteur des classiques de la littérature russe, a vécu douze ans à Novossibirsk. Auteur, en français, des romans Rex et Papillons de nuit dans l’empire de Russie (Bourgois), celui qui se définit lui-même comme un pur produit de la révolution cubaine a quitté l’île pour le Mexique à la fin des années 1980. Il vit aujourd’hui à New York.

par José Manuel Prieto

Suhrkamp

cuba.jpg

Le jour de mon arrivée à New York, il y a plus de dix ans, lors de mon deuxième ou troisième voyage en Amérique, j’envisageai le froid, la file de taxis, le paysage des États-Unis : ce pays avec lequel le mien avait été en guerre toute ma vie. Du moins était-ce ce qu’on m’avait répété sans relâche. Le chauffeur de taxi, un Indien ou un Pakistanais à l’air peu engageant, auquel je m’escrimais à donner l’adresse où j’allais, se tourna vers moi d’un bloc, me scruta une seconde, évalua mon accent et me demanda pour m’amadouer : « De quel pays toi venir ? »

Quelle ne fut pas sa réaction, à l’écoute de ma réponse :

« Cuba ? » Puis il enchaîna : « Fidel Castro ! »

La façon qu’il avait eue de le dire m’irrita au plus haut point : il claqua des doigts, se pourlécha les babines de plaisir, bomba le torse en me regardant une nouvelle fois dans le rétroviseur. Il prenait l’attitude, la véhémence, l’énergie de celui qui évoque avec admiration l’homme fort du village. Son anglais n’était pas meilleur que le mien, mais comme il désirait s’exprimer à tout prix, il porta la paume de sa main droite contre son poing fermé et fit entendre un sonore : « Il les a bien enc…, les Américains. »

Je suis sûr de m’être penché en avant pour déchiffrer son nom derrière la vitre. C’était l’un de m (...)

Pour accéder à cet article, vous pouvez :
- vous inscrire sur le site de Books pour découvrir librement trois contenus du journal : cliquez ici
- souscrire à notre offre d’essai web : pour 6,5€ tous nos articles et toutes nos archives accessibles gratuitement pendant un mois, cliquez ici
- vous abonner à Books : voir l’intégralité de nos offres ici
Déjà abonné ? Identifiez-vous

Commentaires
  • Rédigé par : DANIEL GRODOS le 29/04/2010

  • Identifiez vous pour pouvoir laisser un commentaire. Saisissez vos identifiants dans l'espace abonné ou inscrivez-vous en un clic

Bibliographie
En anglais :

Hugh Thomas, Cuba, or the Pursuit of Freedom (« Cuba, ou la poursuite de la Liberté »), Da Capo Press, 1998. L’ouvrage de référence sur l’histoire ?de l’île, de la colonisation espagnole à la révolution.

En espagnol :

Velia Cecilia Bobes et Rafael Rojas, dir., La transición invisible, sociedad y cambio en Cuba (« La transition invisible, société et changement à Cuba »), Editorial Oceano de México, 2004. Une étude des récentes ?et profondes mutations de la société cubaine.

En français :

Jacobo Machover, Cuba, mémoires d’un naufrage, Buchet-Chastel, 2009. Le témoignage, critique, d’un journaliste exilé en France.

Amir Valle, La Havane Babylone. La prostitution à Cuba, Métailié, 2010. Une enquête de fond sur l’histoire de la prostitution sur l’île.

Tous les livres

En complément

Castro : portrait d’un hypnotiseur

Comment expliquer que le dictateur communiste soit encore là, cinquante ans après sa prise du pouvoir ? Ce héros romantique a tissé avec son peuple une relation charnelle.

Lire la suite

Lire « Les Misérables » à tue-tête

Depuis le XIXe siècle, à Cuba, les ouvriers des fabriques de cigares écoutent des romans en travaillant. Une tradition unique au monde, véritable caisse de résonance des évolutions politiques de (...)

Lire la suite

Blog

Tous les blogs

Le planisphère de Books

Articles, livres et auteurs par pays