Le poète du ghetto de Vilnius
Le grand poète yiddish Abraham Sutzkever est décédé le 19 février dernier à Tel-Aviv. Quelques semaines plus tôt, son récit sur le ghetto de Vilnius était paru pour la première fois en allemand. Il y raconte la résistance à la barbarie hitlérienne. Celle qui se fit par les armes et échoua. Et celle de l’esprit, qui permit de sauver une partie de la culture yiddish de l’anéantissement.
Le Livre
Le ghetto de Vilnius 1941-1944
Ammann
© Yivo
Abraham Sutzkever a vécu l’apogée de la culture juive en Europe, sa destruction brutale par les nazis, puis son renouveau en Israël.
Car Vilnius était bel et bien une ville juive : véritable fief de la science juive et yiddish, c’était aussi un haut lieu de la pensée juive et un centre important pour l’édition, la littérature et le théâtre. Peut-être est-ce l’une des raisons pour lesquelles la Haskala de Vilnius, le mouvement de pensée juif des Lumières, n’eut pas de velléités assimilatrices, contrairement à la Haskala berlinoise (1). Tandis que les intellectuels juifs de la capitale prussienne rabaissaient le yiddish au rang de dialecte et cessèrent de l’utiliser afin de devenir des savants, philosophes et poètes allemands, Vilnius s’imposa comme le centre de la littérature juive et de la judéité en général. Parmi les plus importantes institutions culturelles de Vilnius figurait l’Institut scientifique juif, où étudia Abraham Sutzkever. Né en 1913 à Smorgon (en Biélorussie), Sutzkever a grandi à Vilnius et fait partie des poètes qui ont fait du yiddish, ce «  (...)
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Notes
2| Sa publication a été interdite par Staline, au motif que l’ouvrage n’était inspiré que par le « chauvinisme cosmopolite ».
3| Le Livre noir est paru en 1995 en France chez Actes Sud.
Sources de l'article
Neue Zürcher Zeitung
Fondé au XVIIIe siècle, le quotidien de Zürich, capitale économique de la Suisse, est l’un des plus anciens en langue allemande. Pour beaucoup, il est aussi le meilleur. Austère et sérieux, sa lecture est cependant loin d’être rebutante en raison du soin apporté à l’édition. S’il donne la priorité à l’actualité internationale et aux affaires, ce généraliste se distingue par un Feuilleton (section qui groupe les rubriques « Lettres », « Culture » et « Sciences ») de grande qualité. Même si le NZZ est très lu, sa diffusion de 150 000 exemplaires est à la mesure de son public restreint. Le lecteur se pose donc inévitablement la question : comment fait-il ? Le prix de vente donne assurément une première réponse : 2,60 €. Le site vaut le détour. www.nzz.ch








Née en 1956 à Bucarest, Stefana Sabin est spécialiste des littératures anglaise et juive. Elle a publié plusieurs biographies (l’une d’elles était consacrée à Gertrude Stein, une autre à Ethel Rosenberg), ainsi que des essais. Le dernier en date, Die Welt als Exil (« Le monde comme exil »), met en rapport identité juive et expérience de l’exil. Stefana Sabin vit aujourd’hui à Francfort et collabore aux pages culturelles du Neue Zürcher Zeitung. 




















