Littérature & Arts

Lundi 24 novembre 2008

Numero 1

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Le spanglish acquiert droit de cité

Les États-Unis font un triomphe à un roman écrit en spanglish, mélange d’anglais et d’espagnol né dans le barrio. Ce succès dit l’histoire d’une étonnante hybridation.

Le Livre

La Brève et Merveilleuse Vie d’Oscar Wao
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D’origine dominicaine, Junot Díaz est à 40 ans une figure de proue de la littérature hispanique américaine. Ses nouvelles sont notamment publiéesdans le New Yorker.
La Brève et Merveilleuse Vie d’Oscar Wao est son premier roman.

par Junot Diaz

Riverhead

Le quatrième Congrès international de la langue espagnole, qui s’est tenu dans la ville colombienne de Carthagène des Indes, en mars 2007, a accordé au spanglish une place insignifiante. Que le sujet ait été censuré ne laisse pas de me surprendre. Le congrès avait en effet pour thème « Présent et avenir de la langue espagnole : unité dans la diversité ». Mais dans quel autre pays que les États-Unis la langue de Cervantès a-t-elle plus fabuleux avenir ?
Le directeur de l’Académie royale espagnole, Víctor García de la Concha, affirme régulièrement au cours d’interviews que le spanglish n’existe pas  (1). Je suppose que cela tient à une connaissance lacunaire de la réalité hispanique aux États-Unis, qui comptent officiellement 45 millions d’hispanophones, davantage que l’Espagne et davantage que dans la plupart des pays d’Amérique latine pris isolément. Mais il y a une autre explication, idéologique. Je parle de cette vieille habitude espagnole, qui remonte à l’Inquisition, de ne pas nommer les choses qui dérangent. On ne doit pas appeler spanglish la rencontre de l’anglais et de l’espagnol, parce que la nommer, c’est en reconnaître l’existence. Ce qui existe, ce n’est pas une langue, c’est une mixture, un échange de bas étage qui, grâce à Dieu, disparaîtra quand la minorité hispanique des États-Unis apprendra comme il se doit la langue de Walt Whitman, sans oublier, bien sûr, celle de Pabl (...)

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Commentaires
Notes
1| L’Académie royale espagnole est une institution fondée en 1713. L’article premier de ses statuts la charge de veiller à ce que l’évolution de la langue espagnole ne vienne pas rompre l’unité linguistique du monde hispanique.

2| La guerre de 1898 entre les États-Unis et l’Espagne a débouché sur l’indépendance de Cuba et  la prise de contrôle par les États-Unis des colonies espagnoles des Caraïbes. Les émeutes raciales, dites Zoot Suit Riots (« émeutes zazous »), ont éclaté en 1943 à
Los Angeles, après la condamnation pour meurtre, sans preuves, de vingt et un chicanos du quartier de Sleepy Lagoon.

3| Le Nuyorican Poets Café, fondé en 1973 à New York par des artistes de la communauté portoricaine, fut le foyer du mouvement culturel nuyoricain, inspiré par la condition des immigrés latinos aux États-Unis.

4| Ilan Stavans, né dans une famille juive de Mexico, est aussi un spécialiste de la littérature juive.

5| Washington Heights est le quartier dominicain de New York, à l’extrême nord de Manhattan. Paterson est une ville du New Jersey à forte population dominicaine.

Bibliographie
Les livres de Junot Díaz en français :

La Brève et Merveilleuse Vie d’Oscar Wao, Plon, 2009.
Los Boys, 10/18, 2000.

Sur le spanglish :

James Cohen, Spanglish America.
Les enjeux de la latinisation aux
États-Unis, éditions du Félin, 2005

Sources de l'article

PLR : Primera Revista Latinoamericana de Libros

Lancée en septembre 2007 à New York, cette revue bimestrielle en espagnol, dirigée par Fernando Gubbins, ancien collaborateur du quotidien péruvien Expreso, se veut la référence littéraire et culturelle pour le monde hispanique américain. Sur le modèle de la prestigieuse New York Review of Books, ses principaux articles sont des analyses approfondies, par des universitaires et des écrivains, de la production éditoriale latino-américaine et américaine sur l’Amérique latine.

Repères

1848. Fin de la guerre entre les États-Unis et le Mexique. Le Mexique, vaincu, cède aux Etats-Unis tous ses territoires au nord du Rio Grande (Texas, Californie, Utah, Nevada, Arizona, Nouveau-Mexique et une partie du Colorado). Les Mexicains vivant sur ces terres deviennent citoyens américains.

1898. Guerre américano-espagnole. L’Espagne reconnaît l’indépendance de Cuba et cède Porto Rico aux États-Unis.

1910. Révolution mexicaine et début
de la guerre civile. 219 000 Mexicains s’exilent aux États-Unis.

1917. Loi Jones. Les Portoricains deviennent citoyens américains. 35 000 d’entre eux s’installent à New York.

1920-1930. Durant cette période d’expansion, 459 000 Mexicains émigrent légalement aux États-Unis.

1942. Entrée en guerre des États-Unis. Mise en place du programme Bracero (de brazo, bras), qui sera maintenu jusqu’en 1964. 4,6 millions de braceros latino-américains viendront renforcer la main-d’œuvre américaine.

1945-1960. 30 000 à 45 000 Portoricains s’installent chaque année aux États-Unis.

1959. Révolution cubaine. 250 000 réfugiés politiques débarquent à Miami.

1961. Chute de Rafael Trujillo en République dominicaine. Début
de la grande migration dominicaine.

1965-1973. Fidel Castro autorise 300 000 Cubains à rejoindre leurs parents aux États-Unis.

1980. Le régime castriste laisse partir 125 000 Cubains vers la Floride.

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L'auteur de l'article

Ilan Stavans

stavans.jpg Ilan Stavans est l’un des intellectuels mexicains-américains les plus en vue. Il enseigne les cultures latino-américaine et « latino » au Amherst College. Il est l’auteur de Spanglish. The Making of a New American Language (HarperCollins, 2003), où il a traduit en spanglish le premier chapitre de Don Quichotte.

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