Le spanglish acquiert droit de cité
Les États-Unis font un triomphe à un roman écrit en spanglish, mélange d’anglais et d’espagnol né dans le barrio. Ce succès dit l’histoire d’une étonnante hybridation.
Le Livre
La Brève et Merveilleuse Vie d’Oscar Wao
La Brève et Merveilleuse Vie d’Oscar Wao est son premier roman.
par Junot Diaz
Riverhead
Le directeur de l’Académie royale espagnole, Víctor García de la Concha, affirme régulièrement au cours d’interviews que le spanglish n’existe pas (1). Je suppose que cela tient à une connaissance lacunaire de la réalité hispanique aux États-Unis, qui comptent officiellement 45 millions d’hispanophones, davantage que l’Espagne et davantage que dans la plupart des pays d’Amérique latine pris isolément. Mais il y a une autre explication, idéologique. Je parle de cette vieille habitude espagnole, qui remonte à l’Inquisition, de ne pas nommer les choses qui dérangent. On ne doit pas appeler spanglish la rencontre de l’anglais et de l’espagnol, parce que la nommer, c’est en reconnaître l’existence. Ce qui existe, ce n’est pas une langue, c’est une mixture, un échange de bas étage qui, grâce à Dieu, disparaîtra quand la minorité hispanique des États-Unis apprendra comme il se doit la langue de Walt Whitman, sans oublier, bien sûr, celle de Pabl (...)
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Notes
2| La guerre de 1898 entre les États-Unis et l’Espagne a débouché sur l’indépendance de Cuba et la prise de contrôle par les États-Unis des colonies espagnoles des Caraïbes. Les émeutes raciales, dites Zoot Suit Riots (« émeutes zazous »), ont éclaté en 1943 à
Los Angeles, après la condamnation pour meurtre, sans preuves, de vingt et un chicanos du quartier de Sleepy Lagoon.
3| Le Nuyorican Poets Café, fondé en 1973 à New York par des artistes de la communauté portoricaine, fut le foyer du mouvement culturel nuyoricain, inspiré par la condition des immigrés latinos aux États-Unis.
4| Ilan Stavans, né dans une famille juive de Mexico, est aussi un spécialiste de la littérature juive.
5| Washington Heights est le quartier dominicain de New York, à l’extrême nord de Manhattan. Paterson est une ville du New Jersey à forte population dominicaine.
Bibliographie
La Brève et Merveilleuse Vie d’Oscar Wao, Plon, 2009.
Los Boys, 10/18, 2000.
Sur le spanglish :
James Cohen, Spanglish America.
Les enjeux de la latinisation aux
États-Unis, éditions du Félin, 2005
Sources de l'article
PLR : Primera Revista Latinoamericana de Libros
Lancée en septembre 2007 à New York, cette revue bimestrielle en espagnol, dirigée par Fernando Gubbins, ancien collaborateur du quotidien péruvien Expreso, se veut la référence littéraire et culturelle pour le monde hispanique américain. Sur le modèle de la prestigieuse New York Review of Books, ses principaux articles sont des analyses approfondies, par des universitaires et des écrivains, de la production éditoriale latino-américaine et américaine sur l’Amérique latine.
Repères
1898. Guerre américano-espagnole. L’Espagne reconnaît l’indépendance de Cuba et cède Porto Rico aux États-Unis.
1910. Révolution mexicaine et début
de la guerre civile. 219 000 Mexicains s’exilent aux États-Unis.
1917. Loi Jones. Les Portoricains deviennent citoyens américains. 35 000 d’entre eux s’installent à New York.
1920-1930. Durant cette période d’expansion, 459 000 Mexicains émigrent légalement aux États-Unis.
1942. Entrée en guerre des États-Unis. Mise en place du programme Bracero (de brazo, bras), qui sera maintenu jusqu’en 1964. 4,6 millions de braceros latino-américains viendront renforcer la main-d’œuvre américaine.
1945-1960. 30 000 à 45 000 Portoricains s’installent chaque année aux États-Unis.
1959. Révolution cubaine. 250 000 réfugiés politiques débarquent à Miami.
1961. Chute de Rafael Trujillo en République dominicaine. Début
de la grande migration dominicaine.
1965-1973. Fidel Castro autorise 300 000 Cubains à rejoindre leurs parents aux États-Unis.
1980. Le régime castriste laisse partir 125 000 Cubains vers la Floride.








Ilan Stavans est l’un des intellectuels mexicains-américains les plus en vue. Il enseigne les cultures latino-américaine et « latino » au Amherst College. Il est l’auteur de Spanglish. The Making of a New American Language (HarperCollins, 2003), où il a traduit en spanglish le premier chapitre de Don Quichotte. 


















