Littérature & Arts

Lundi 08 décembre 2008

Numero 1

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L’ensorcelant pouvoir de la musique

La musique est au centre de toute culture connue. Les scientifiques tentent d’expliquer sa mystérieuse emprise sur le cerveau. Mais la science a peut-être ses limites.

Le Livre

Musicophilia. La musique, le cerveau et nous
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Médecin spécialisé dans les troubles mentaux, Oliver Sacks est, entre autres, l’auteur de L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau (Seuil) et de Musicophilia (Seuil), dont nous avons rendu compte avant sa parution en français (« L’ensorcelant pouvoir de la musique », Books, n° 1, décembre 2008-janvier 2009). Il vient de publier un ouvrage sur sa propre expérience de patient atteint d’un cancer de l’œil dans The Mind’s Eye (« L’œil de l’esprit »). Il est professeur de neurologie et de psychiatrie à l’université Columbia à New York.

par Oliver Sacks

Seuil

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Quel que fût le chant que chantaient les sirènes, il devait être proprement ensorcelant. Selon Homère, leurs voix « d’une beauté déchirante […] pouvaient égarer l’esprit d’un homme ». Il n’est pas surprenant que tant de mythes, échos des émerveillements primitifs, attestent le pouvoir de la musique ; élément central de toute culture connue, elle nous touche à la fois physiquement et émotionnellement. Sa force est si évidente et si profonde que les Anciens avaient tendance à ne pas y voir seulement un art parmi d’autres, mais une propriété fondamentale de l’univers.
En regardant un forgeron frapper sur son enclume, Pythagore s’était aperçu que différents marteaux émettaient différents sons, laissant entendre qu’il existe un rapport entre les notes de la gamme et le poids des outils. Les épigones de Pythagore étudièrent le lien entre la longueur d’une corde et le ton d’une note, pour découvrir que des proportions simples de longueur correspondent à des intervalles musicaux agréables à l’oreille. Une relation aussi manifeste entre esthétique et arithmétique ne pouvait que séduire les pythagoriciens, qui faisaient des nombres le fondement de toute chose et pensaient que tout, dans l’existence, est l’expression d’une proportion mathématique.
Platon développa cette idée et en conclut que l’univers lui-même (ou plus exactement les mouvements des planètes) produisait une harmonique céleste. Quoique in (...)

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Commentaires
Notes

1| Darwin pensait déjà que la musique était un langage plus ancien que la parole. Tout le monde ne partage pas cet avis. C’est le cas, en particulier, du philosophe cognitiviste Steven Pinker.


2| Language and Species, University of Chicago Press, 1992. (Ndlr)


3| Le mot sprezzatura apparaît pour la première fois dans Le Livre du courtisan (1528) de Baldassare Castiglione pour qualifier une attitude « qui cache l’art et montre que ce que l’on fait et dit est venu sans peine et presque sans y penser. C’est de là, je crois, que dérive surtout la grâce ». (Ndlr)


4| La synesthésie est un trouble de la perception sensorielle qui conduit à associer deux ou plusieurs sens : les formes et les couleurs, par exemple. (Ndlr)


5| Volk signifie peuple. Plusieurs courants de pensée allemands (romantiques, nationalistes, racistes…) ont utilisé le terme, notamment pour exalter des vertus prétendument propres au peuple : force, esprit (Volkgeist), pureté. (Ndlr)

Bibliographie

Ouvrages d’Oliver Sacks en français

Musicophilia. La musique, le cerveau et nous, Seuil, 2009.

Un anthropologue sur Mars, Seuil, 2003.

Des yeux pour entendre. Voyage au pays des sourds, Seuil, 1996.

L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau et autres récits cliniques, Seuil, 1992.


L’Éveil, cinquante ans de sommeil, Seuil, 1987.


Autres ouvrages

David Chalmers, The Conscious Mind In Search of a Fundamental Theory, Oxford University Press, 1997. Traduction française à paraître aux éditions Ithaque en septembre 2009.

Merlin Donald, Origins of the Modern Mind. Three Stages in the Evolution of Culture and Cognition, Harvard University Press, 1991, rééd. 2005.

Steven Mithen, The Singing Neanderthals. The Origins of Music, Language, Mind and Body, Harvard University Press, 2007.

Anthony Storr, Music and the Mind, HarperCollins, 1992.

Sources de l'article

Harper's

Créé en 1850, Harper’s est l’un des plus vieux magazines américains publiés sans interruption. Ce mensuel publie des textes de premier plan dans tous les domaines, qu’il s’agisse d’essais, de critiques littéraires, de reportages ou de fictions. Les plus grands chercheurs, écrivains ou responsables politiques s’y sont exprimés, de Winston Churchill à Joseph Stiglitz en passant par Norman Mailer. Harper’s est connu pour son regard critique sur l’establishment américain. Au risque d’aller parfois trop loin : en 2006, Celia Farber y présentait favorablement la théorie de Peter Duesberg, selon lequel le VIH ne provoque pas le sida.

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L'auteur de l'article

Zalmen Rosenfeld

rosenfeld-zalmen.jpg Zalmen Rosenfeld est mathématicien et pianiste. Il vit et travaille en Israël

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