Littérature & Arts

Jeudi 17 décembre 2009

Numéro 11

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Les seigneurs de la rue

Ils meurent jeunes, mais ont de l’argent à ne savoir qu’en faire, des femmes sublimes, des armes modernes et des chemises de soie. Au Mexique, une génération entière rêve de devenir narcotrafiquant.

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Les femmes qui les suivent sont blondes, belles comme la fleur qui s’épanouit chaque jour. Ils s’en vantent, comme s’ils avaient lu l’écrivain Enrique Serna : « Personne ne peut prétendre qu’il est un homme s’il n’a pas eu une jolie femme dans ses bras. » Ils se déplacent en 4 x 4, en jet privé ou en voiture de luxe. Leurs bottes extravagantes, leurs chemises de soie, leurs bijoux et leurs lunettes de marque valent des milliers de dollars. La police est au garde-à-vous devant eux. Les politiciens les courtisent. Ils ont leur propre musique et, mieux, ils ne rêvent pas. Pas même éveillés. Rêver de quoi ? Ils ont tout.

Ils aiment frimer, que l’on sache qu’ils ont réussi, qu’ils sont là, qu’ils sont les chefs, ceux qui suscitent les plus larges sourires et les marques d’approbation les plus appuyées. Ils paient la musique et l’alcool, écoutent ceux qui sont venus demander leur aide, font leurs affaires en cash. Ce sont les maîtres de la rue.

Ils marchent d’un pas assuré, sourient comme des héros ; ils savent que personne ne leur demandera des comptes. La moitié des gens prononcent leur nom avec méfiance, l’autre avec admiration. Comme ils peuvent miser gros, ils discutent peu. Ils n’ont pas peur de mourir et vivent chaque jour comme si c’était le dernier. Ce ne sont pas des spéculations, ils le savent. Ils s’adonnent donc à des plaisirs vieux c (...)

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Notes
1| En 2006, le président Felipe Calderón a fait de la « guerre contre le trafic de drogue » une priorité de son mandat. Elle aurait fait dix mille morts.

2| Ville frontière du nord du Mexique, Ciudad Juárez est une plaque tournante du trafic de drogue. Les migrants, surtout les femmes de l’intérieur du pays, affluent dans les bidonvilles du sud-ouest de la ville pour travailler dans ses usines d’assemblage. Depuis 1993, plus de quatre cents y ont été enlevées, violées et assassinées, en toute impunité.
Bibliographie
Luis Humberto Crosthwaite, Estrella de la calle sexta (« Étoile de la sixième rue »), Tusquets, 2000. Non traduit.

Eduardo Antonio Parra, Terre de personne, Boréal, 2004.

Arturo Pérez-Reverte, La Reine du Sud, Seuil, 2004.

Daniel Sada, L’Odyssée barbare, Passage du Nord-Ouest, 2009.

Sources de l'article

El País

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L'auteur de l'article

Élmer Mendoza

mendoza-elmer.jpg Originaire de Culiácan, dans le nord du Mexique, Élmer Mendoza, 60 ans, est considéré comme le premier écrivain à avoir exploré l’effet de la narcoculture sur la société mexicaine. Auteur de romans, de nouvelles et de pièces de théâtre, il enseigne aussi la littérature à l’université autonome de Sinaloa.

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