Littérature & Arts

Jeudi 29 janvier 2009

Numéro 2

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Lire « Les Misérables » à tue-tête

Depuis le XIXe siècle, à Cuba, les ouvriers des fabriques de cigares écoutent des romans en travaillant. Une tradition unique au monde, véritable caisse de résonance des évolutions politiques de l’île.

Le Livre

Le lecteur de manufacture de tabac : histoire d’une tradition cubaine
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Araceli Tinajero enseigne la littérature espagnole et latino-américaine au City College de New York. Elle a publié Orientalismo en el modernismo hispanoamericano («L’orientalisme dans le modernisme hispano-américain »).

par Araceli Tinajero

Editorial Verbum

Il n’existait, jusqu’à présent, aucun ouvrage digne de ce nom sur la lecture à haute voix dans les manufactures de tabac cubaines. Paru en 1994, le livre de l’essayiste Ambrosio Fornet, El libro en Cuba (« Le Livre à Cuba »), aurait dû fournir une analyse sérieuse du phénomène, mais nous fûmes loin du compte. Pour une simple et bonne raison : l’indigence imaginative de la critique littéraire cubaine.

Pour comprendre la lecture à voix haute dans les fabriques, il faut en effet en goûter le romanesque, savoir s’émerveiller devant le lecteur de manufacture de tabac comme saint Augustin devant saint Ambroise lisant sans prononcer un seul mot. Car s’il est étrange de s’affronter au livre pour soi seul, sans laisser échapper la moindre syllabe, il n’est pas moins bizarre de s’y attaquer à tue-tête pour se faire entendre de tous les membres d’un atelier. L’étonnant, au final, c’est le fait même de lire.

Le lecteur de manufacture de cigares est l’un des êtres lisant les plus énigmatiques qui soient. Il s’apparente au moine chargé de la lecture au réfectoire, à celui qui lit les textes sacrés du haut de sa chaire, au maître dans sa classe, à la famille réunie autour de l’âtre pour écouter une histoire… Il ressemble à une créature de Dickens, et son personnage invite à replonger dans l’imaginaire littéraire du xixe siècle.

Avec El lector de tabaquería, Araceli Tinajero traite enfi (...)

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Bibliographie
Sur la lecture à haute voix
Georges Jean, La Lecture à haute voix,
éditions de l’Atelier, 1999.
Alberto Manguel, Une histoire de la lecture,
Actes Sud, 2000.
Daniel Pennac, Comme un roman,
Gallimard, 1992.

Les livres d’Antonio José Ponte traduits en français
Les Nourritures lointaines, Deleatur, 2000.
Ramon Alejandro, Polygraphe, 1999.
L’Ombre de La Havane, Autrement, 1997
Sources de l'article

PLR : Primera Revista Latinoamericana de Libros

Lancée en septembre 2007 à New York, cette revue bimestrielle en espagnol, dirigée par Fernando Gubbins, ancien collaborateur du quotidien péruvien Expreso, se veut la référence littéraire et culturelle pour le monde hispanique américain. Sur le modèle de la prestigieuse New York Review of Books, ses principaux articles sont des analyses approfondies, par des universitaires et des écrivains, de la production éditoriale latino-américaine et américaine sur l’Amérique latine.

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L'auteur de l'article

Antonio José Ponte

Poète, écrivain, essayiste, Antonio José Ponte codirige la revue Encuentro de la Cultura Cubana (« Rencontre avec la culture cubaine »), publiée à Madrid. À 44 ans, l’auteur des Nourritures lointaines (Deleatur, 2000) est l’une des figures montantes de la littérature cubaine.

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