Lolita et les papillons
La plupart des critiques distinguent soigneusement Nabokov l’écrivain de Nabokov l’entomologiste. Pour le biologiste Stephen Jay Gould, il s’agit d’un seul et même homme, habité par une passion : la précision des mots.
« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. » Nabokov aurait écrit son roman le plus célèbre et le plus sulfureux en parcourant les États-Unis avec son épouse, armé d’un filet de tulle. Il joignait ainsi les deux plaisirs les plus intenses qu’un homme puisse selon lui éprouver : l’écriture et la chasse aux papillons. Nabokov, on le sait, fut l’un des plus grands écrivains du XXe siècle. Mais Nabokov le naturaliste n’a pas démérité non plus. Sa compétence en ce domaine est reconnue par les spécialistes du monde entier. Il s’est consacré à la classification d’un important groupe de lépidoptères d’Amérique latine, les papillons « bleus », a publié une dizaine d’articles sur la taxinomie et l’histoire naturelle des papillons et a travaillé pendant six ans, de 1942 à 1948, en qualité de chercheur associé auprès du muséum de Zoologie comparée de l’université Harvard, pour un salaire quasi symbolique de mille dollars par an. Selon certains, avant le succès de Lolita – dont il avait commencé l’écriture en 1949, un an après avoir abandonné son poste de chercheur –, Nabokov pouvait être considéré comme un lépidoptériste professionnel et un écrivain amateur, du moins selon ces critères prosaïques d’évaluation qui consistent à soupeser l’argent gagné et le temps investi. Les six années passées dans le « merveilleux monde cristallin du microscope » endommagèrent à ja (...)
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Sources de l'article
Il Manifesto



























