Palestine, chronique d’un poète inconnu
À près de 80 ans, Taha Muhammad Ali est encore inconnu, ou presque. Depuis quarante ans, cet Arabe israélien dit pourtant dans une langue unique la grandeur et la misère des petites gens de Palestine. Mais cet intellectuel humble, ce rescapé qui préfère l’appel du désir à celui du sang, passa longtemps inaperçu. Une biographie lui rend enfin hommage, éclairant du même coup le destin paradoxal des Arabes d’Israël.
Le Livre
Mon bonheur n’a rien à voir avec le bonheur. Une vie de poète dans le siècle palestinien
par Adina Hoffman
Yale University Press
© Nina Subin
Taha Muhammad Ali, photographié en 2002.
Décrivant Angelus Novus, cette aquarelle de Paul Klee où un ange, les yeux écarquillés, déploie ses ailes, comme en état de choc, le philosophe Walter Benjamin émit cette hypothèse : « Tel est l’aspect que doit avoir nécessairement l’ange de l’histoire », tandis que la tempête du progrès, qui écrase tout sur son passage, l’entraîne inexorablement vers l’avenir et que, « jusqu’au ciel devant lui s’accumulent les ruines ». La tempête du progrès a rarement provoqué aussi terrible dévastation que lors des déplacements de populations nés de la création d’États-nations et de la consolidation des identités nationales après la Seconde Guerre mondiale. Qu’il s’agisse des Juifs et des Tsiganes en Europe, des Arabes en Palestine, des hindous et des musulmans en Inde et au Pakistan, des millions de personnes ont vu détruire leurs repères familiers et subi le déracinement dans un nouveau paysage, affectif et physique, de désert et de ruines.
Au cœur des soubresauts de l’histoire
Face à ce vide créé par la main de l’homme, le biographe, comme le poète, doit se faire historien pour retrouver les traces de vitalité et de dignité humaines dans des modes de vie depuis disparus. Adina Hoffman ouvre sa superbe biographie du poète palestinien Taha Muhammad Ali par une reconstitution minutieuse de son village natal – l’un des thèmes de prédilection de son œuvre. Habité (...)
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Notes
1| De 83?000 en 1918, la population juive de Palestine est passée à 164?000 en 1930, puis à 463?000 en 1940.
2| En avril 1936, les nationalistes arabes déclenchent un mouvement de grève générale qui durera six mois. Parallèlement, les actions de guérilla contre les Britanniques se multiplient. Cette « grande révolte arabe » durera jusqu’en 1939.
3| Les kibboutz et les moshav sont deux formes de communautés de production israéliennes (à l’origine agricoles). Tandis que le kibboutz fonctionne sur le mode collectiviste, sans propriété privée, le moshav est une simple coopérative villageoise, qui regroupe des fermes individuelles autour de nombreux services collectifs.
4| Ils ont notamment révélé que les Palestiniens n’avaient pas simplement quitté leurs maisons pour fuir les combats, comme on l’enseignait traditionnellement, mais en avaient été chassés par l’armée israélienne.
5| Paru en poche chez Actes Sud (coll. « Babel ») en 2009.
Bibliographie
Taha Muhammad Ali, Poésies, à paraître aux éditions Galaade en mars 2011. Le premier ouvrage en français de ce poète palestinien méconnu.
Mahmoud Darwich, Anthologie poétique (1992-2005), Actes Sud, 2009. Une édition bilingue de poèmes extraits de sept recueils de la poésie tardive de Mahmoud Darwich.
Abdellatif Laâbi (éd.), La Poésie palestinienne contemporaine, Le Temps des cerises, 2010. L’ouvrage de référence sur le sujet, par l’un des plus grands traducteurs de l’arabe.
Ghassan Zaqtan (éd.), Le Poème palestinien contemporain, Le Taillis Pré, 2008. Édition bilingue. Un ouvrage dédié à la jeune génération.
Sources de l'article
The New York Review of Books
Créé en 1963, ce bimensuel publié à New York est une véritable institution intellectuelle et littéraire. Rédigés par les meilleurs auteurs, ses essais se distinguent par une exceptionnelle qualité d’écriture et de réflexion. Hannah Arendt, Jean-Paul Sartre, Nadine Gordimer, Vaclav Havel, Gore Vidal ont écrit dans ses colonnes, faisant le succès (125 000 exemplaires vendus) et la réputation de la New York Review.








Pankaj Mishra est un écrivain et essayiste indien de premier plan. Vivant entre l’Angleterre et l’Inde, il collabore régulièrement à de nombreuses revues littéraires. Son premier roman, The Romantics, a été salué par le prix Art Seidenbaum du Los Angeles Times. Son dernier ouvrage, Désirs d’Occident. La modernité en Inde, au Pakistan, au Tibet et au-delà, est paru en français en 2007 (Buchet-Chastel). 


















