Pourquoi les elfes sont anglais
Au XIXe siècle, les peintres anglais se passionnent pour ces charmants petits êtres ailés. À contre-courant de l’Europe continentale, où l’on préfère représenter la modernité. Pourquoi cette fibre féerique ?
Le Livre
© Sotheby’s/AKG
Toile de John Atkinson. Les elfes incarnaient les forces encore méconnues de l’inconscient.
Chaque nouvelle génération d’historiens de l’art se pose la question de savoir si elle veut continuer d’écrire ce qui a déjà été dit ou porter un regard neuf sur le passé et découvrir d’autres chemins, d’autres ruptures, d’autres temps forts. L’histoire de l’art est à bien des égards une forêt immense, parcourue d’innombrables sentiers, dont certains sont tant et tant arpentés qu’on en a oublié les autres.
Par chance, Dorothee Gerkens ne les a pas oubliés. Dans sa thèse de doctorat, qui vient d’être publiée, elle traite d’un sujet surprenant : les elfes dans la peinture anglaise du XIXe siècle. Au moment même où, en Europe continentale et surtout en France, l’avant-garde entamait sa marche triomphale, où les scènes urbaines, les paysages vibrants, les bars, les nus féminins et les gares dominaient la peinture, la représentation d’êtres frêles avec des ailes d’insectes devenait en Angleterre un genre très prisé. Gerkens s’interroge sur ce phénomène et en donne une explication étonnante.
Pour comprendre, il faut d’abord revenir sur la manière dont on classait jusqu’à présent la représentation des elfes dans l’histoire de l’art. Gerkens évoque l’essai de Jeremy Maas, paru en 1969, qui a le mérite d’avoir le premier vu là un genre à part entière (1), mais le tort de s’être contenté d’une explication rapide : la peinture d’elfes reflétait, selon lui, l (...)
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Notes
1| Jeremy Maas était un marchand d’art anglais du XXe siècle. C’est de son ouvrage Victorian Painters (« Les peintres victoriens »), Barrie & Jenkins, 1969, qu’il est question ici.
2| Alexander Pope est souvent considéré comme le plus grand poète anglais du début du XVIIIe siècle.
3| Le mesmérisme est un ensemble de théories et pratiques thérapeutiques du XIXe siècle fondées sur l’existence supposée d’un fluide magnétique universel, se manifestant dans les phénomènes de transe et susceptible d’être utilisé à des fins thérapeutiques.
Sources de l'article
Frankfurter Allgemeine Zeitung




























