Littérature & Arts

Mercredi 29 avril 2009

Numéro 5

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Quand la BD est devenue un roman

Au milieu des années 1980, la sortie de Watchmen bouleverse l’univers de la BD. Avec sa bande de super-héros à la retraite et son infinie complexité narrative, le récit reflète l’anxiété des sociétés modernes et fait disparaître la frontière entre le « neuvième art » et la littérature.

Le Livre

Watchmen
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Alan Moore est un écrivain britannique et l’un des plus grands scénaristes de bande dessinée au monde. Il est l’un des pères fondateurs de la révolution des comics, désormais plus matures et plus littéraires. Auteur le plus primé de la BD, il a aussi écrit V pour Vendetta. Son dernier opus, un album érotique, vient de paraître en français sous le titre Filles perdues, chez Delcourt.

par Alan Moore

Delcourt

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Depuis longtemps déjà, les librairies américaines et européennes consacrent au roman graphique des rayons entiers, débordant de bandes dessinées de quatre continents. Curieusement, à la différence de ce qui reste l’environnement obligé de la BD en Argentine, elles n’y côtoient pas la littérature pour enfants, avec son décor d’affiches géantes de Harry Potter. Car la naissance de la catégorie « roman graphique » au sein des grandes maisons d’édition témoigne d’une véritable révolution dans l’univers de la bande dessinée, dont la gestation a duré plusieurs décennies : historiquement identifié aux goûts de la jeunesse, le genre a conquis l’univers des livres pour adultes. Un phénomène intimement lié à l’apparition régulière d’œuvres d’envergure, sophistiquées sur le plan narratif comme sur le plan visuel, et traitant de thèmes aussi divers et « matures » que la guerre en Irak, les relations personnelles à l’ère numérique ou l’angoisse existentielle de l’individu dans les sociétés postindustrielles. D’éminents critiques littéraires estiment même que le roman graphique est en passe de remplacer le roman traditionnel comme miroir de l’esprit du temps ; à leurs yeux, le langage de la bande dessinée contemporaine est parfaitement adapté à la culture visuelle et fragmentée qu’Internet et ses dérivés nous ont imposée. Ce n’est donc pas un hasard si Jimmy Corrigan, (...)

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Commentaires
Notes

1| J. G. Ballard est un important auteur de science-fiction britannique, particulièrement connu pour ses sombres récits de lendemain d’apocalypse. Son livre le plus célèbre est Crash, adapté au cinéma par David Cronenberg. (NdlR)

2| Harvey Pekar est un scénariste américain de bande dessinée célèbre pour sa série American Splendor, où il fait avec beaucoup d’humour le récit autobiographique des aventures quotidiennes d’un citoyen américain lambda, citadin, plutôt intellectuel, passionné de jazz, employé de bureau. (NdlR)

3| Warner Bros. a récemment annoncé que le film, sorti à l’été 2008, avait franchi la barre du milliard de dollars de bénéfices, devenant le quatrième de l’histoire à réaliser un tel résultat d’exploitation. (NdlR)

4| Stan Lee est un scénariste. Devenu très tôt directeur de publication chez Marvel Comics, il est connu pour être le créateur de super-héros faillibles et imparfaits, colériques, vaniteux, mélancoliques. Le succès de ses personnages (Hulk, Spiderman) fit de Marvel Comics un empire de la BD. (NdlR)

5| Le prix Hugo est décerné chaque année aux meilleurs récits de science-fiction ou de fantasy de langue anglaise publiés l’année précédente. Watchmen fut la première bande dessinée à le recevoir. (NdlR)

6| Il s’agit d’une référence à la locution latine « Quis custodiet ipsos custodes ? », extraite d’une satire de Juvénal. (NdlR)

7| Mort en 1993, Alberto Breccia était un dessinateur et scénariste de bande dessinée argentin. Il a fondé sa propre revue, Captura, en 1945 et rencontré Hector Oesterheld, lui aussi argentin, également scénariste de BD. Ensemble, ils signeront plusieurs albums avant de publier en 1962 Mort Cinder, leur premier chef-d’œuvre. En 1969, Breccia et Oesterheld ont publié L’Éternaute, leur seconde œuvre majeure. En 1977, Oesterheld disparut dans les prisons de la junte argentine. (NdlR)

Bibliographie

Benoît Mouchart, La Bande dessinée, Le Cavalier bleu, 2004.

Collectif, L’État de la bande dessinée, Les Impressions nouvelles, 2009.

Scott McCloud, L’Art invisible. Comprendre la bande dessinée, Vertige Graphic, 2000.

David A. Berona, Le Roman graphique. Des origines aux années 1950, Éditions de la Martinière, 2008

Sources de l'article

El Clarín

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L'auteur de l'article

Diego Marinelli

Journaliste argentin spécialiste de la bande dessinée, Diego Marinelli écrit régulièrement pour les quotidiens argentins La Nación et El Clarín, et dans le magazine américain Rolling Stone. Il tient un blog à succès sur le site du supplément culturel d’El Clarín intitulé « Todo es historieta » (« Tout est BD »).

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