Marx : figure du passé ou prophète du présent ?
par Louis Menand

Marx : figure du passé ou prophète du présent ?

Infatigable pugiliste, exilé en série, le révolutionnaire était aussi un rat de bibliothèque, un bon père de famille et un ami fidèle. Ses idées sont-elles trop ancrées dans le XIXe siècle pour rester pertinentes ? Les évolutions récentes plaident pour un retour à certains de ses enseignements.

 

15775-1f1090 Publié dans le magazine Books, janvier / février 2017. Par Louis Menand

©Granger NYC/Rue des Archives

Marx et Engels examinant les épreuves du Rheinische Zeitung, qu’ils dirigeaient avec quelques autres à Cologne. Ses articles outrageants pour les autorités condamnèrent Marx à une vie d’exil.

Le 24 février 1848, ou dans ces eaux-là, parut à Londres un libelle de 23 pages. L’industrie moderne, disait cette profession de foi, avait révolutionné le monde. Ses réalisations surpassaient celles de toutes les grandes civilisations du ­passé : les pyramides d’Égypte, les aqueducs romains, les cathédrales gothiques. Ses innovations – le chemin de fer, la navigation à vapeur, le télégraphe – avaient libéré de formidables forces productives. Au nom du libre-échange, elle avait aboli les frontières nationales, fait baisser les prix, transformé la planète en un espace interdépendant et cosmopolite. Les biens et les idées circulaient à présent partout. Tout aussi important, elle balayait les vieilles hiérarchies et les mystifications anciennes. Nul ne croyait plus que le lignage ou la religion devaient déterminer le statut. Chaque individu était pareil aux autres. Pour la première fois de l’histoire, hommes et femmes pouvaient observer sans fard leur place dans l’ordre social. Les nouveaux modes de production, de communication et de distribution avaient également créé une richesse ­immense. Mais il demeurait un problème : cette richesse était inégalement répartie. 10 % de la population possédait la quasi-totalité de la propriété ; les 90 % restants n’avaient rien. À mesure que les villes petites et grandes s’industrialisaient, que le patrimoine devenait plus concentré, que les riches s’enrichissaient davantage, le bas de la classe moyenne tombait dans la classe ouvrière. Le moment n’était plus bien loin où ne resteraient que deux types d’individus dans le monde : ceux qui détiennent le capital et ceux qui vendent aux premiers leur force de…

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