Mary Beard : « Rome a révolutionné la citoyenneté »
par Baptiste Touverey

Mary Beard : « Rome a révolutionné la citoyenneté »

Si Rome, petite ville marécageuse du centre de l’Italie, s’est retrouvée à la tête d’un immense empire, elle ne le doit pas au bellicisme de ses habitants. Et encore moins à leur prétendu génie militaire. Le secret de cette réussite qui a changé le monde résidait dans la capacité d’intégrer les peuples vaincus. L’empire a inventé la double appartenance : chacun pouvait être à la fois citoyen de sa cité natale et de Rome.

Publié dans le magazine Books, septembre - octobre 2016. Par Baptiste Touverey

©Andrew Testa/Panos/REA

Mary Beard : « La plupart des récits sur Rome ont fait la part belle aux hommes et aux batailles. J’essaie de m’intéresser aux autres acteurs, aux femmes et aux esclaves notamment. »

Éminente professeure de lettres classiques à Cambridge, Mary Beard est aussi critique littéraire au Times Literary Supplement. Ses prises de position, souvent à contre-courant, ont fait d’elle une vedette de la vie intellectuelle britannique. Son blog A Don’s Life (« Une vie de prof de fac ») est hébergé sur le site du TLS. En français, on peut lire d’elle Pompéi : la vie d’une cité romaine (Le Seuil, 2012).   Écrire une histoire de Rome signifie rivaliser avec des auteurs aussi imposants qu’Edward Gibbon ou Theodor Mommsen. Pourquoi vous être lancée dans une telle entreprise ? Je ne prétends tout de même pas rivaliser avec Gibbon ! Ce serait idiot. Mais je crois que chaque génération a besoin d’une nouvelle histoire de Rome, parce qu’elle aborde les problèmes différemment et pose des questions différentes. La plupart des récits sur Rome ont eu tendance à faire la part belle aux hommes et aux batailles. Cela a existé, bien sûr, mais j’essaie de m’intéresser aussi aux autres acteurs – aux femmes et aux esclaves, notamment, ces angles morts de l’histoire romaine –, et à d’autres thématiques comme l’idée de citoyenneté, les frontières ou les migrations. Par ailleurs, ces dernières années, d’innombrables éléments nouveaux ont été découverts sous terre, sous les eaux, ou même égarés dans des bibliothèques : des papyrus, des manuscrits, des ossements, des épaves. Et les techniques de recherche se sont améliorées : on peut, par exemple, se faire une idée du niveau de pollution à l’époque romaine grâce à des carottes de glace extraites au Groenland. On…

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