Pourquoi Mélenchon vote Le Pen
par Olivier Postel-Vinay

Pourquoi Mélenchon vote Le Pen

20417-b1711c Écrit par Olivier Postel-Vinay publié le 18 avril 2017

J’ai plein d’amis bien informés. A vrai dire, ils sont mieux informés les uns que les autres. De quoi me brouiller un peu l’esprit. L’un d’eux, un cacique de la gauche, m’assure tenir de la bouche d’un proche de l’intéressé que Mélenchon, s’il ne se retrouve pas au deuxième tour, votera Marine Le Pen. Un canular, sans doute. Mais cette histoire me trotte dans la tête. Car même si elle est fausse, comme beaucoup d’histoires fausses, elle dit quelque chose.

Cela m’a rappelé une réalité bien réelle, celle-là : l’alliance entre Syriza et le parti d’extrême droite Anel. Ils se partagent le pouvoir à Athènes. Comme le constate le politologue grec Andreas Pantazopoulos « la gauche radicale et la droite dite nationaliste ont instrumentalisé le ressentiment populaire contre les élites dirigeantes ». Les deux seules véritables différences entre nos deux populismes concernent les immigrés et l’islamisme. Pas négligeable, certes, et il y aurait beaucoup à dire d’un côté comme de l’autre, mais sinon ils se rejoignent sur l’essentiel : le fétichisme d’un « peuple » fantasmatique, la croyance subséquente aux vertus du référendum, l’aversion pour l’Europe, l’euro et accessoirement l’OTAN, une curieuse indulgence, voire révérence à l’égard de Poutine, la préférence pour un protectionnisme frileux. Et un faible, c’est le moins qu’on puisse dire, pour les théories du complot. Ils témoignent l’un et l’autre d’une ignorance vérifiable du fonctionnement de l’économie, de l’histoire globale et de l’évolution récente des affaires du monde.

J’ai aussi d’excellentes amies. L’une d’elles, psychiatre et psychanalyste, me dit que des amis à elle s’apprêtent à voter Mélenchon au premier tour et à s’abstenir ensuite, s’il n’est pas au second tour. Ces intellectuels pratiquent un art qu’ils savent très bien observer chez autrui : le déni. Allons donc. Marine Le Pen ne sera battue que face à Macron ou Fillon. Si d’aventure les deux populismes se retrouvent face à face au second tour, il est clair pour tout le monde, sauf peut-être pour certains mélenchonistes, ou mélenchoniens, que Marine Le Pen l’emportera haut la main. Quelles que soient ses qualités de démagogue, avec ou sans hologramme, le nouvel avatar de la série « Demain on rase gratis » ne pèse pas lourd face au premier parti de France. Quant à s’abstenir au second tour, c’est bien sûr faire le jeu de Marine Le Pen.

Je ne sais pas si c’est un fait mais cela me paraît une évidence : puisque tout vote n’allant pas aux candidats capables d’arrêter Marine Le Pen la favorise, voter Mélenchon, c’est voter Marine Le Pen. Quant à savoir pourquoi, de fait, Mélenchon favorise Marine Le Pen, et donc vote pour elle, je donne ma langue au chat des psychanalystes.

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Commentaires

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  1. Bernard poulet dit :

    Opv tu me sembles céder à la panique des bien pensants.1- cela m’étonne.2 pas de panique l’offensive est suffisante pour assurer que jlm ne soit pas au second tour.
    Venceremos (plus tard)

  2. Romain Masson dit :

    Dommage qu’Olivier Postel-Vinay qu’on a déjà vu mieux inspiré ne trouve rien de mieux à infliger aux lecteurs de Books, à cinq jours du premier tour des élections, qu’un mauvais dessin de Plantu sur le mode de la dénonciation des « populismes », comme on dit chez les tenants de « l’extrême centre » qui n’ont toujours pas compris que la globalisation, le tout-marché, le discours sur la fin des Etats-nations et « l’Europe c’est la paix » appartenaient au passé et suscitaient ce genre de réactions. On retrouve dans cette article toutes les obsessions d’une génération et d’un milieu bien identifiés qui, parce que leur monde est en train de s’effondrer – en dépit des leçons de Podemos, Syriza, du Brexit ou de l’élection de Trump – sont incapables d’imaginer le retour des nations sous une autre forme que celui du repli, de la guerre, de la haine de l’autre et des « heures les plus sombres de notre histoire ». Sur l’économie, on conseillera le dernier livre de Joseph Stiglitz, L’euro : comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe?, l’ouvrage collectif, L’euro est-il mort?, ou d’un point de vue plus théorique le livre de Steve Keen, L’imposture économique. D’un point de vue géopolitique, le livre de Jacques Sapir, paru en 2008, Le nouveau XXIe siècle, du « siècle américain » au retour des nations, reste très largement d’actualité. Mais qu »Olivier Postel-Vinay se rassure, je pense que compte tenu de la surreprésentation des personnes âgées dans le corps électoral, le parti unique de la globalisation a encore toutes les chances de l’emporter cette année pour que rien ne change.

  3. Adrien Joly dit :

    Un billet assez affligeant et consternant de bêtise… Premièrement Marine Le Pen est donnée perdante au second tour face à ses trois autres principaux concurrents, Macron, Fillon, Mélenchon. Deuxièmement il serait bon de lire le programme de Mélenchon pour vous rendre compte qu’il ne souhaite nullement la sortie de l’Union Européenne mais simplement une autre Europe, une Europe des peuples. Enfin, amalgamer une fois de plus Mélenchon et Marine Le Pen, confondre leurs programmes, sous entendre une accointance idéologique est d’une bêtise sans nom, une preuve de votre total ignorance des sujets que vous évoquez.

  4. Remi dit :

    Raisonnement infantile truffé d’hérésie.OPV serait serait bien plus à sa place dans une rubrique culinaire du genre pourquoi le couscous et le goulache sont des plats différents mais arrivent tous les 2 dans l’estomac.

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