Le mythe du travail rémunéré
par Samuel Brittan

Le mythe du travail rémunéré

Pour régler les problèmes sociaux, le travail salarié n’est pas tout. Les revenus du capital et les activités non rémunérées jouent aussi un rôle central. L’idée d’un revenu plancher universel permettrait de rompre avec l’éthique puritaine du capitalisme.

 

Publié dans le magazine Books, mai / juin 2017. Par Samuel Brittan

C’est un mythe de penser que le travail rémunéré est la réponse à la plupart des problèmes sociaux (1). Point n’est besoin d’épiloguer sur les souffrances des personnes qui sont capables et désireuses de travailler mais ne parviennent pas à trouver un emploi leur permettant de vivre mieux qu’avec les allocations de chômage. Nul besoin non plus de nier le découragement et le sentiment d’exclusion qu'éprouvent ceux qui ne trouvent que des emplois sans avenir. Trouver un bon emploi transforme l’estime de soi et le sens de la vie. Mais c’est une grave erreur de logique que d’en conclure qu’il est souhaitable que le plus grand nombre possible de personnes aient un travail rémunéré, même si ce n’est pas ce qu’elles désirent ou le meilleur moyen de valoriser leur enthousiasme et leurs compétences. Une évidente faiblesse des politiques ­actuelles est la pression exercée sur les mères célibataires pour qu’elles prennent un emploi rémunéré alors que, dans bien des cas, la chose la plus utile qu’elles puissent faire est de s’occuper de leurs enfants (2). La question est plus vaste. L’erreur de Karl Marx fut de tonner contre le capital privé et les revenus de placements. Le problème n’est pas qu'ils existent mais que trop peu d’entre nous en disposent. L’un des grands avantages des professions ­intellectuelles était qu’elles possédaient des fonds personnels sur lesquels compter et qu'elles ne dépendaient entièrement des salaires. Cela leur conférait une certaine latitude dans leur relation avec les employeurs ou les clients et un pécule en cas…

Découvrez la Booksletter !

Inscrivez-vous à la Booksletter et bénéficiez d'un mois d'abonnement Web gratuit !
Déjà abonné ? connectez-vous !
Imprimer cet article
1
Commentaire

écrire un commentaire

  1. Irène Kaufer dit :

    la remarque sur les mères célibataires dont la fonction la plus utile serait de s’occuper de leurs enfants plutôt que de travailler à l’extérieur montre bien le piège du revenu universel pour les femmes : les renvoyer au foyer. Car le travail rémunéré n’est pas seulement une source de revenus : c’est aussi un lieu de socialisation et d’autonomie (y compris par rapport à ses enfants)

NOUVEAU ! Découvrez le Books du jour !
Chaque matin, un nouveau livre chroniqué dans votre boîte email.