Le pays du viol ordinaire
par Margaux Vessié

Le pays du viol ordinaire

Il est un pays démocratique où plus du quart des hommes admettent avoir commis un viol : l’Afrique du Sud. Le président de la République lui-même en a été accusé, au cours d’un procès qui a divisé le pays. La femme noire est considérée comme un objet de consommation. Pour l’expliquer, il faut remonter jusqu’à l’esclavage, en passant par plus d’un siècle de guerres et près d’un demi-siècle d’apartheid.

 

Publié dans le magazine Books, novembre - décembre 2016. Par Margaux Vessié
Le viol est un fléau en Afrique du Sud. D’après une enquête menée en 2009 par le Medical Research Council et portant sur 1 738 foyers, 27,6 % des hommes admettaient avoir commis un viol, 23,2 % avoir violé deux ou trois femmes ou jeunes filles, 8,4 % quatre ou cinq, 7,1 % six à dix et 7,7 % plus de dix. Près de 50 % des violeurs avaient entre 15 et 19 ans. Certains disent avoir violé avant l’âge de 10 ans. Selon l’universitaire et militante féministe Pumla Dineo Gqola, qui l’affirmait récemment dans une interview, la situation est en réalité pire encore : les violeurs représentent selon elle entre le tiers et la moitié de la population masculine. Mais elle a écrit son livre pour aller au-delà des statistiques, qu’elle ne discute pas, et tenter de faire comprendre la nature et la profondeur du phénomène, à défaut de pouvoir l’expliquer entièrement. Les Sud-Africains parlent beaucoup du viol, toujours plus horrifiés à l’évocation d’un fait divers récent ou d’un autre. Mais la plupart s’en tiennent à une analyse superficielle. Gqola, elle, met en cause la persistance de coutumes patriarcales héritées de la colonisation et de l’apartheid. Lorsque la Compagnie néerlandaise des Indes orientales régnait en maître au Cap, le viol des femmes esclaves était une institution. En cause, la pénurie de Blanches, mais aussi le fait que les enfants d’une esclave appartenaient de droit au propriétaire de la mère ; la main-d’œuvre de ce dernier s’en trouvait augmentée d’autant. Un symbole : le Slave Lodge du Cap. Construit en 1679,…

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