Jusqu’où peut-on recomposer le passé ?
Le Livre
Protéger le passé
par Paul Eggert
Cambridge University Press
Éditeurs de textes anciens, restaurateurs de tableaux et architectes du patrimoine partagent une lourde responsabilité : celle de préserver les traces du passé. À ce titre, tous sont exposés dans leur travail à cette « touche d’anxiété » qui est au cœur du récent livre de l’universitaire australien Paul Eggert. Car, depuis que certains théoriciens ont brouillé la frontière entre passé et présent, l’incertitude règne parmi les professionnels de la conservation. Premier dilemme : la question de l’autorité de l’auteur. Faut-il, pour être fidèle à une œuvre « obéir » aux prescriptions de son créateur ? Ou tenir compte des interprétations et des appropriations postérieures ?
Eggert prend notamment pour exemple l’édition des textes de Shakespeare dans les années 1980 et 1990, quand « l’autorité textuelle fondée sur l’examen des manuscrits s’opposa à l’autorité textuelle fondée sur la représentation théâtrale », comme le rappelle Robyn Sloggett dans l’Australian Book Review, en saluant ce livre « bien écrit, instructif et stimulant ». Pour Eggert, la réponse ne fait pas de doute : le copiste, l’éditeur, le compositeur et le lecteur sont autant d’« agents de la textualité », au même titre que l’auteur. Tout comme, précise Patrick McCaughy dans The Australian, « les ouvriers, les conservateurs, les (...)
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