Barbares ou civilisés
© E. FOUGERE/CORBIS/GALLIMARD
Les propos tenus pendant une campagne électorale ont pour but, non de chercher la vérité, mais de contribuer à la conquête du pouvoir. Il en allait ainsi de la déclaration de l’ancien ministre français de l’Intérieur : « Pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. » Si l’on se place dans la première perspective, celle de la vérité, les arguments convoqués par le ministre à l’appui de sa thèse sont irrecevables. Comment prendre au sérieux un politicien qui nous somme de choisir (comme si ce n’était déjà fait) entre défense et négation de l’humanité, liberté et tyrannie, amour et haine des autres ? En revanche, dans une perspective de combat pour le pouvoir, le propos n’est pas sans efficacité. Il permet de faire passer le débat public des thèmes sociaux et économiques, défavorables au gouvernement, aux sujets de morale collective, qui suscitent l’adhésion d’un grand nombre d’électeurs. Il flatte aussi la fibre égocentrique et ethnocentrique qui sommeille en chacun, en nous assurant que notre civilisation est la meilleure de toutes. Cet usage des mots et des concepts fait partie des armes éprouvées du populisme.
Pourtant, derrière ce propos sommaire, (...)
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Notes
1| L’Archipel du Goulag, Seuil, 1975.



























