Idées

Jeudi 26 janvier 2012

Numéro 29

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Fukuyama n’en a pas fini avec l’histoire

Vingt ans après avoir proclamé la « fin de l’histoire » par triomphe de la démocratie libérale, Francis Fukuyama persiste et signe. Il remonte aux chimpanzés pour montrer à quel point le système politique occidental est l’inévitable achèvement des sociétés humaines. De quoi amuser les hiérarques iraniens ou chinois.

Le Livre

Le Début de l’histoire
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Francis Fukuyama est un politologue américain influent, professeur à Stanford. Connu du grand public depuis son livre sur la fin de l’histoire, il fut proche des néoconservateurs à la fin des années 1990, mais a depuis rompu avec eux. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, aussi bien sur les biotechnologies que sur l’importance de la confiance dans le fonctionnement
du capitalisme.

par Francis Fukuyama

Saint-Simon

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Rien ne se démode aussi vite que les idées sur ce qu’être moderne signifie. Il n’y a pas si longtemps, la vogue était aux doctrines affirmant que la « révolution technoscientifique » en cours allait répandre à travers le monde un même type de gouvernement. Cette théorie de la convergence, d’abord soutenue par le sociologue Daniel Bell dans les années 1950, affirmait que l’Union soviétique ressemblerait de plus en plus aux sociétés industrielles avancées d’Occident (1). L’idée a trouvé un regain de jeunesse sous Gorbatchev, quand le rapprochement tant attendu parut imminent. En réalité, comme tous le savent désormais (et comme certains déjà le pressentaient), l’URSS ne cheminait pas alors vers une forme quelconque de modernité à l’occidentale. Dépourvu de légitimité interne, incapable de se réformer, l’État soviétique s’est effondré. Après une période de chaos, un nouveau système de gouvernement a bel et bien surgi, mais il s’agissait plus d’une variante hypermoderne du despotisme que d’un régime démocratique. La convergence de la Russie et de l’Occident n’a pas eu lieu, et rien n’indique qu’elle se (...)

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Notes

 

1| Le texte fait ici référence à l’une des thèses développées par Daniel Bell dans La Fin des idéologies, publié aux PUF en 1997, près de quarante ans après sa sortie américaine. Il y annonçait notamment l’avènement d’un large consensus idéologique explicable par le dépassement des priorités matérielles. Dans les années 1970, avec La Société postindustrielle, il explique la décomposition de l’idéologie marxiste par les bouleversements de la technostructure dans la seconde moitié du XXe siècle.

2| Paru en français dans la revue Commentaire, n° 47, automne 1989.

3| Paru en français en 2009 chez Flammarion dans la collection « Champs ».

4| Alexandre Kojève est, entre autres, l’auteur d’une Introduction à la lecture de Hegel (1ère édition 1947), Gallimard, coll. « Tel », 1980.

5| Paru en français sous le titre Trois entretiens, Books LLC, 2011.

6| Ce concept historiographique, introduit en 1931 par l’historien anglais Herbert Butterfield, désigne une théorie qui voit dans l’histoire l’avènement progressif d’un régime parlementaire libéral, dans la continuité des thèses du parti whig anglais.

7| Paru en français chez Maspero en 1969, et aujourd’hui épuisé.

8| Grasset, 2006.

Sources de l'article

The New Republic

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L'auteur de l'article

John Gray

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Philosophe politique, le Britannique John Gray s’est fait connaître par son indépendance d’esprit et la clarté de sa pensée. Jusqu’en 2008, il enseignait l’histoire des idées européennes à la London School of Economics. Il se consacre désormais à l’écriture. Il a écrit de nombreux ouvrages sur le libéralisme, mais aussi sur Isaiah Berlin, Voltaire, Al-Qaida et les utopies contemporaines. Aucun n’est traduit en français.

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