La pensée liquide de Zygmunt Bauman
Le sociologue dénonce de manière séduisante un monde où l’individu se dissout dans les illusions du consumérisme. Au risque de valoriser les idées les plus banales.
Le Livre
S’acheter une vie
par Zygmunt Bauman
Chambon
© Andreas Gursky - Collection Centre Pompidou
Le consumérisme est la pire des caractéristiques de la liquidité. Seul l’acte d’acheter et de vendre relie encore les citoyens, selon Zygmunt Bauman.
Le monde que décrit Zygmunt Bauman dans ses nombreux livres a pour caractéristique première d’être « liquide ». L’Amour liquide, La Vie liquide, Le Présent liquide : le terme revient dans le titre de la plupart de ses essais récents. Et le concept de liquidité est omniprésent aussi dans les textes qui n’y font pas ouvertement allusion, à l’instar du dernier ouvrage du sociologue, S’acheter une vie. Il en est la raison d’être. Qu’entend-il par « liquide » ? Quelque chose comme « postmoderne » : ce monde, cette époque, ce paysage, cette condition humaine en somme, ont vu disparaître les certitudes, la matérialité, les concepts clairs et distincts et le cours linéaire de l’histoire qui caractérisaient le « vieux » monde moderne. La société où nous vivons désormais, assure Bauman, n’a presque plus rien de commun avec celle qu’avait forgée la modernité économique, scientifique, technologique, industrielle et culturelle. Elle est marquée par la production immatérielle, la disparition de la classe ouvrière – et des classes sociales en général –, la crise des conceptions traditionnelles de l’État et de la souveraineté, le délitement des nations, le flottement des catégories politiques, la chosification universelle.
Le diktat de la mode
À en juger par l’immense succès de ses ouvrages, sa description touche des points très sensibles. De livre en livre, il fait défiler devant nos (...)
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Notes
1| Le sociologue américain Daniel Bell est notamment l’auteur de La Fin des idéologies. Sur l’épuisement des idées politiques dans les années 1950 (1960) et de Vers la société post-industrielle (1973). Il est considéré comme l’un des pionniers de l’analyse de la société post-industrielle.
Bibliographie
Peter Beilharz, Zygmunt Bauman. Dialectic of Modernity, Sage Publications, 2000.
Tony Blackshaw, Zygmunt Bauman, Routledge, 2005.
Mark Davis, Freedom and Consumerism. A Critique of Zygmunt Bauman’s Sociology, Ashgate, 2008.
Michael Hviid Jacobsen, Paul Poder (dir.), The Sociology of Zygmunt Bauman. Challenges and Critique, Ashgate, 2008.
Dennis Smith, Zygmunt Bauman. Prophet of Postmodernity, Polity Press, 1999.
Keith Tester, Conversations With Zygmunt Bauman, Polity Press, 2001.
Sources de l'article
La Rivista dei Libri
Créé en 1991 à Florence, ce mensuel est une version italienne de la New York Review of Books. Le journal propose une sélection de traductions d’articles initialement parus dans la New York Review of Books ainsi que plusieurs articles originaux italiens, rédigés par les meilleurs spécialistes dans des domaines aussi variés que les sciences politiques, la philosophie, l’histoire de l’art et des sciences ou la critique littéraire.



























