Idées

Vendredi 18 septembre 2009

Numéro 9

Imprimer cet article Envoyer cet article à un ami Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Facebook

Le vrai sens du Kâma Sûtra

La vénération de l’érotisme, qui a imprégné l’art et la littérature de l’Inde jusqu’à la conquête britannique, est longtemps restée une énigme pour les Occidentaux. Les historiens dévoilent la profondeur d’une réalité passionnante.

Le Livre

Kamasutra
couv 07.jpg
Spécialiste de l’hindouisme et de la mythologie, Wendy Doniger est professeur d’histoire des religions à l’université de Chicago. Elle est l’auteur d’innombrables traductions et ouvrages, dont le plus récent s’intitule The Hindus. An Alternative History. Elle est connue pour son opposition à l’instrumentalisation de l’histoire par les hindouistes militants.

par Wendy Doniger

Seuil

sexe-en-inde.jpg

Il n’y a rien de bien original à percevoir l’Inde comme une terre d’immense et grandissante richesse : tout au long de l’ère précoloniale ou presque, l’Occident fut l’avide consommateur des épices, soieries, et autres trésors du sous-continent. Sous le règne de Néron, déjà, l’hémorragie d’or occidental vers l’Inde était telle que le géographe et historien grec Strabon s’en inquiéta dans une lettre, s’interrogeant sur les moyens de résoudre le problème. Une dynastie d’Inde du Sud envoya même un émissaire à Rome pour discuter balance des paiements.

Il flotte encore sur Mamallapuram, port jadis important de la côte de Coromandel [au sud du pays], le parfum de cette Inde sophistiquée, d’une opulence étourdissante. D’imposants bas-reliefs dominent un site où, selon un poète du VIIe siècle, « les navires à l’ancre ployaient au point de rompre presque, chargés qu’ils étaient d’une multitude de richesses, d’éléphants et de gemmes de neuf variétés différentes ». Les sculptures recouvrent le flanc d’une colline : sur la droite, deux éléphants énormes, trompes ballantes ; à côté, des héros guerriers et des sages en méditation se tiennent sous une nuée de dieux et de déesses, nymphes et autres esprits. Il émane de la scène une légèreté joyeuse : on danse au son de la flûte, et les célestes Apsaras, déesses et esprits de la fertilité, susurrent amoureusement (...)

Pour accéder à cet article, vous pouvez :
- vous inscrire sur le site de Books pour découvrir librement trois contenus du journal : cliquez ici
- souscrire à notre offre d’essai web : pour 6,5€ tous nos articles et toutes nos archives accessibles gratuitement pendant un mois, cliquez ici
- vous abonner à Books : voir l’intégralité de nos offres ici
Déjà abonné ? Identifiez-vous

Commentaires
Notes
1| Dramaturge et poète, Kâlidâsa est considéré comme le plus illustre auteur classique de la littérature sanskrite. Il vécut dans le nord de l’Inde, vers le Ve siècle.
2| La théorie du rasa est au cœur de l’esthétique indienne. Le mot rasa désigne d’abord le suc d’un fruit ou d’une plante, et donc sa saveur. La théorie esthétique du rasa fut exposée pour la première fois dans le Natyashastra par Bhârata, au premier millénaire avant notre ère, pour désigner le plaisir propre à la perception des œuvres d’art. Bhârata décrit les neuf émotions éveillant un rasa spécifique : érotique, comique, pathétique, furieux, héroïque, terrible, odieux, merveilleux, paisible.
3| En français, les éditions du Rocher ont publié en 1992 une édition savante présentée et commentée par Alain Daniélou.
4| Passage traduit par Alain Daniéliou, Kâma Sûtra, éditions du Rocher, 1992 (en poche : collection GF-Flammarion).
5| Les incursions musulmanes en Inde ont commencé dès le VIIIe siècle, mais ne sont devenues systématiques qu’à partir du XIIIe siècle. Les Turcs, les Afghans puis les Moghols établissent alors durablement leur domination sur le sous-continent. Différentes dynasties musulmanes régneront sur l’Inde jusqu’au XVIIIe siècle.
Bibliographie
Madeleine Biardeau, L’Hindouisme, anthropologie d’une civilisation, Flammarion, 2009.
Frédéric Bourdier, Sexualité et sociabilité en Inde du Sud, Karthala, 2001.
Pierre-Sylvain Filliozat, Dictionnaire des littératures de l’Inde, PUF, 2001.
Ali Akbar Husain, Scent in the Islamic Garden (« Parfum du jardin islamique »), Oxford University Press, 2000.
Francesca Orsini, Love in South Asia. A cultural history (« L’amour en Asie du Sud »), Cambridge University Press, 2006.
Sources de l'article

The New York Review of Books

Créé en 1963, ce bimensuel publié à New York est une véritable institution intellectuelle et littéraire. Rédigés par les meilleurs auteurs, ses essais se distinguent par une exceptionnelle qualité d’écriture et de réflexion. Hannah Arendt, Jean-Paul Sartre, Nadine Gordimer, Vaclav Havel, Gore Vidal ont écrit dans ses colonnes, faisant le succès (125 000 exemplaires vendus) et la réputation de la New York Review.

Autres livres cités dans cet article

Daud Ali, Courtly Culture and Political Life in Early Medieval India (« Culture de cour et vie politique dans l’Inde médiévale primitive »), Cambridge University Press, 2004. Non traduit en français.
David Gordon White, Kiss of the Yogini. « Tantric Sex » in its South Asian Contexts (« Le baiser des Yoginis. Le “sexe tantrique” dans ses contextes sud-asiatiques »), The University of Chicago Press, 2003. Non traduit en français.
James McConnachie, The Book of Love. In Search of the Kamasutra (« Le livre de l’amour. À la recherche du Kâma Sûtra »), Atlantic Books, 2007. Non traduit en français.

Tous les livres

L'auteur de l'article

Wendy Doniger

wendy doniger

Spécialiste de l’hindouisme et de la mythologie, Wendy Doniger est professeur d’histoire des religions à l’université de Chicago. Elle est l’auteur d’innombrables traductions et ouvrages, dont le plus récent s’intitule The Hindus. An Alternative History. Elle est connue pour son opposition à l’instrumentalisation de l’histoire par les hindouistes militants.

De cet auteur

Blog

Tous les blogs

Le planisphère de Books

Articles, livres et auteurs par pays