Idées

Lundi 24 août 2009

Numéro 8

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L’islamisme selon Nolte

L’historien Ernst Nolte, naguère accusé de justifier le nazisme en l’interprétant comme une réaction au communisme, reprend le combat avec un livre sur l’islamisme. Il y voit le dernier avatar des idéologies de résistance à la modernité.

Le Livre

Le troisième mouvement de résistance : l’islamisme
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Ersnt Nolte, né en 1923, étudia d’abord la philosophie, notamment avec Martin Heidegger dont il fut proche, puis l’histoire. Il enseigna l’histoire contemporaine à l’université de Marburg et à l’Université libre de Berlin.

par Ersnt Nolte

Landt Verlag (Berlin)

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Mohammed Amin al-Husseini, mufti de Jérusalem, fut pour Hitler un allié fort loyal pendant la guerre. Il espérait qu’une victoire allemande sur l’Angleterre rendrait leur liberté aux Arabes de Palestine, alors sous mandat britannique, et servirait leur lutte contre l’installation des Juifs en Terre sainte. À partir de 1941, Husseini bénéficia d’un bureau à Berlin, octroyé par les Allemands, y relaya la propagande nationale-socialiste en arabe, contribua à la création d’une division SS musulmane et collabora étroitement avec Himmler, le chef des SS (1). Le 28 novembre 1941, Adolf Hitler reçut le mufti qui l’assura de son dévouement dans le « combat sans merci contre les Juifs ». Ce mufti tient une place essentielle dans le dernier livre d’Ernst Nolte qui traite de l’« islamisme », envisagé comme le « troisième mouvement de résistance », après le fascisme et le communisme (2).


Réaction conservatrice

Nolte, qui a consacré sa vie à l’analyse du national-socialisme et du communisme, semble fasciné par l’essor mondial de l’islam politique au cours des dernières années. L’auteur voit dans cette idéologie communautaire à fondement religieux un avatar de la réaction conservatrice contre la modernité. Nolte, aujourd’hui âgé de 86 ans, se décrit volontiers comme un « penseur de l’Histoire ». Cet ouvrage consacré à l’islamisme est un livre important par son volume et ses ambitions ; selon (...)

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Commentaires
Notes

1| La division Handschar, créée en mars 1943, compta quelque 20?000 volontaires, ou recrues sous contrainte, croates de Bosnie-Herzégovine.

2| Le terme « résistance » est utilisé par Nolte dans son sens de réaction. Dans sa vision, très controversée, le bolchevisme s’oppose au tsarisme et à l’antisémitisme, le nazisme s’oppose au bolchevisme et l’islamisme s’oppose au sionisme.

3| Le mouvement panislamique des Frères musulmans a vu le jour en 1928 en Égypte, d’où il a essaimé. Il inspire encore aujourd’hui plusieurs mouvements musulmans.

4| Theodor Herzl (1860-1904) est l’inspirateur du sionisme, c’est-à-dire de la création d’un foyer national juif en Palestine.

Bibliographie
François Furet, Ernst Nolte, Fascisme et communisme, Hachette, coll. « Pluriel », 2000?; revue Commentaire, 1997.
Sources de l'article

Die Zeit

Fondé après la seconde Guerre mondiale, Die Zeit est le grand hebdomadaire d’information générale et culturel allemand. De grand format, constitué de multiples cahiers thématiques, il offre une matière rédactionnelle imposante. Son esprit d’ouverture et sa modération lui assurent une diffusion de 470 000 exemplaires, un score stable, à l’image de la presse hebdomadaire d’outre-Rhin.

Naissance d’une querelle historique

« L’archipel du Goulag n’a-t-il pas précédé Auschwitz ? Le meurtre pour appartenance à une classe commis par les bolcheviks ne fut-il pas le précédent logique et factuel du meurtre pour appartenance à une race commis par les nationaux-socialistes ? » Dans un article publié le 6 juin 1986 dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, intitulé « Un passé qui ne veut pas passer », le philosophe et historien Ernst Nolte plaça le nazisme dans le droit fil du totalitarisme communiste, celui-là comme conséquence de celui-ci. Le 11 juillet, le philosophe Jürgen Habermas répliquait dans Die Zeit : « En expliquant les crimes nazis comme une réponse à la menace d’extermination qu’ont fait peser les bolcheviks (menace qui perdure aujourd’hui), ils perdent leur singularité. » L’escarmouche fut suivie par plusieurs centaines d’articles et des dizaines de livres dont la pierre de touche reste celle-ci : le nazisme doit-il être principalement compris comme une confluence de facteurs historiques ou comme un événement sans précédent ? L’Historikerstreit (querelle des historiens), qui n’est à bien des égards toujours pas éteinte, eut des prolongements dans l’Hexagone. En 1997, la revue Commentaire publia une correspondance que l’historien François Furet entretint avec Nolte, reconnaissant la fécondité de ses travaux sans endosser leur conclusion.

Tous les livres

L'auteur de l'article

Jörg Lau

lau-jorg-bd.jpg Jörg Lau, journaliste et essayiste, collabore à l’hebdomadaire culturel Die Zeit. Il est notamment l’auteur d’une biographie du philosophe Hans Magnus Enzensberger (Suhrkamp, 2001). 

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