Michel Foucault, crépuscule d’une idole
Les thèses avancées par le philosophe dans Histoire de la folie n’ont pas résisté à l’épreuve de l’analyse historique.
Le Livre
Histoire de la folie à l’âge classique
par Michel Foucault
Gallimard, coll. « Tel »
© Roland Allard/VU
Michel Foucault au sommet de son influence, en 1977. « Il a sans conteste contribué à donner à son sujet une place centrale et à arracher l’histoire de la psychiatrie aux griffes d’une alliance d’historiens administratifs ennuyeux et de psychiatres gâteux. »
Histoire de la folie est le livre qui a lancé la carrière de Michel Foucault, celle d’un des intellectuels les plus en vue de la seconde moitié du XXe siècle. Ce n’était pas son premier livre. Celui-ci était un volume beaucoup plus court, Maladie mentale et personnalité, paru sept ans plus tôt, en 1954, dans le sillage d’un accès de dépression et d’une tentative de suicide. Mais Histoire de la folie fut le premier de ses ouvrages à attirer massivement l’attention, d’abord en France, puis, quelques années plus tard, dans le monde anglophone. Après quoi viendrait sa volée de livres consacrés à l’« archéologie » des sciences humaines, la place du punir dans le monde moderne, le nouveau « regard » sur la clinique de la médecine hospitalière parisienne, l’histoire de la sexualité. Ce vaste édifice, consacré à la déconstruction des Lumières et de leurs valeurs, servit à lancer l’industrie foucaldienne, influençant et parfois conquérant des pans entiers de la réflexion philosophique, littéraire et sociologique.
Mais, au commencement, fut l’Histoire de la folie, livre introduit dans le monde anglophone par un personnage qui avait lui-même alors un statut d’icône, l’Écossais R.D. Laing, psychiatre renégat de son état (1). Ce fut Laing, fasciné par l’existentialisme et autres tropismes français, qui recommanda le projet à Tavistock Press, déclarant qu’il s’agissait d’« un (...)
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Notes
1| Psychiatre « radical », Ronald D. Laing avait publié en 1961, date de la parution de l’Histoire de la folie, Self and Others (« Le moi et les autres »), Pelican Books. (NdlR)
2| Édition abrégée publiée en 1964 en format de poche (collection 10/18). (NdlR)
3| Professeur d’histoire des sciences à Harvard, Charles Rosenberg a notamment écrit The Care of Strangers. The Rise of America’s Hospital System (« Le soin de l’autre. La naissance du système hospitalier américain »), Basic Books, 1987. (NdlR)
4| Erving Goffman est l’auteur de La mise en scène de la vie quotidienne (1959, traduction française en 1973). Son ouvrage Asiles est paru en 1961, la même année que l’Histoire de la folie. Il a été traduit en français en 1968. (NdlR)
5| L’« histoire Whig », du nom du parti libéral en Grande-Bretagne aux XVIIIe et XIXe siècles, est une expression créée en 1931 par l’historien britannique Herbert Butterfield pour désigner un courant tendant à analyser les événements comme s’inscrivant dans une marche vers le progrès de la démocratie et des Lumières. (NdlR)
6| Contemporain de Napoléon, Philippe Pinel peut être considéré comme le fondateur de la psychiatrie française. On lui doit la première classification des maladies mentales. Contemporain de Pinel, William Tuke peut être considéré comme le fondateur de la psychiatrie britannique. (NdlR)
7| Foucault écrit « reconstruction », sans préciser que le lieu avait changé. (NdlR)
8| « Musée de la folie » est l’expression utilisée par Scull pour titrer son propre livre. (NdlR)
9| Les workhouses (maisons de travail) étaient des établissements d’internement comportant des ateliers, dont la production était destinée à amortir les coûts (NdlR)
10| Foucault écrit : « C’est la Nef des fous, étrange bateau ivre qui file le long des calmes fleuves de la Rhénanie et des canaux flamands ».
11| Paul Rabinow est professeur d’anthropologie socioculturelle à Berkeley. Il a notamment publié The Foucault Reader (« Le lecteur de Foucault ») (Pantheon Books, 1984). Voir aussi Hubert Dreyfus et Paul Rabinow, Michel Foucault, un parcours philosophique, Gallimard, 1992.
12| Nikolas Rose est professeur de sociologie à la London School of Economics. Il a notamment publié : Governing The Soul. The Shaping of the Private Self (« Gouverner l’âme. La modulation de l’espace privé »), Free Association Books, 1999.
Bibliographie
Didier Eribon, Michel Foucault, Flammarion, 1989?. Didier Eribon est philosophe, spécialiste de la question gay.
David Macey, Michel Foucault, Gallimard, 1994. David Macey est un universitaire américain proche du mouvement gay. Sa biographie est peut-être la meilleure à ce jour.
James Miller, La Passion Foucault, Plon, 1995. James Miller est professeur associé de sciences politiques à la New School of Social Research, université « progressiste » new-yorkaise.
Claude Quétel, Histoire de la folie, Tallandier. À paraître le 3 septembre.
… et en anglais
Gary Gutting (ed.), The Cambridge Companion to Foucault, Cambridge University Press, 2005. Livre collectif. Gary Gutting est professeur de philosophie à l’université de Notre Dame (Indiana).
Sources de l'article
The Times Literary Supplement
Depuis sa création, en 1902, cet hebdomadaire londonien – le seul hebdomadaire littéraire au monde – est devenu une référence incontournable, malgré quelques « ratés » historiques, notamment sur Ulysse, de Joyce. Sa diffusion serait d’environ 35 000 exemplaires.
Début de parcours
1937-1944. Études secondaires à Poitiers, au lycée et dans un collège
de Jésuites.
1945. Lycée Henri-IV, à Paris.
1946. Admis à l’École normale supérieure, où il découvre son homosexualité.
1950. Adhère au Parti communiste.
1951. Agrégé de philosophie.
1952. Diplôme de psychopathologie.
1953. À la suite du « procès des blouses blanches », quitte le Parti communiste.
1954. Maladie mentale et personnalité, PUF.
1955. Assistant à l’université d’Uppsala (Suède).
1959. Directeur de l’Institut français de Hambourg.
1960. Nommé professeur de philosophie à l’université de Clermont-Ferrand.
1961. Publie sa thèse : Folie et Déraison. Histoire de la folie à l’âge classique.
1963. Naissance de la clinique. Une archéologie du regard médical.








Professeur de sociologie à l’université de San Diego (Californie), Andrew Scull est un spécialiste de l’histoire de la folie en Angleterre aux XVIIIe et XIXe siècles. Il a publié des ouvrages sur l’histoire de la psychiatrie et de la médecine, dont aucun n’est traduit en français. Son dernier livre : Madhouse. A Tragic tale of Megalomania and Modern Medicine (« Maisons de fous. Une histoire tragique de la mégalomanie et de la médecine moderne »), Yale University Press, 2006. 


















