Ne tirez pas sur l’écran !
Débiles, les Simpsons et Koh-Lanta ? Crétins, Super Mario et Grand Theft Auto ? Loin s’en faut. La sophistication des séries télé et des jeux vidéo coïncide avec la progression du QI dans les pays occidentaux.
Le Livre
Tout ce qui est mauvais est bon pour vous. Comment la culture populaire d’aujourd’hui nous rend en fait plus intelligents
Steven Johnson est journaliste, spécialiste des nouvelles technologies, et auteur de nombreux livres de vulgarisation scientifique. Il vient de publier The Invention of Air (« L’invention de l’air »), chez Riverhead, sur le grand chimiste Joseph Priestley.
par Steven Johnson
Riverhead Books
Il y a vingt ans, le politologue James Flynn découvrait un curieux phénomène. Les Américains – à en croire, du moins, les tests de quotient intellectuel (QI) – devenaient plus intelligents. Le phénomène était passé inaperçu pendant des années parce que ceux qui élaborent ces tests révisent en permanence le système de notation pour maintenir la moyenne à 100. Mais, constatait Flynn, si l’on décidait d’ignorer ce changement d’étalon de mesure, les résultats aux tests s’amélioraient régulièrement, gagnant environ 3 points par décennie. Une personne que son QI plaçait dans les 10 % supérieurs de la population américaine en 1920 serait à présent dans le dernier tiers (sur l’« effet Flynn », lire aussi cet article). C’est là sans aucun doute, en partie, une répercussion du progrès économique : la vague de prospérité qui a déferlé sur les pays occidentaux au lendemain de la Seconde Guerre mondiale a permis à la population de se nourrir mieux, d’être plus éduquée, et plus familière avec les tests de QI. Mais, même après le retrait de la vague, les scores ont continué d’augmenter, non seulement aux États-Unis mais dans l’ensemble des pays développés. Qui plus est, l’accroissement n’a pas été l’apanage des enfants ayant fréquenté les garderies haut de gamme et les écoles privées. Le milieu de la courbe – occupé par ceux qui ont prétendument souffert de la détérioration de l’enseignemen (...)
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Notes
2| Il s’agit du célèbre discours prononcé par Abraham Lincoln à Gettysburg, en 1863, en hommage aux victimes de la guerre de Sécession.
Sources de l'article
The New Yorker
Fondé en 1925, l’hebdomadaire chic de New York présente une description complète des événements culturels de la ville et une série d’articles de haut niveau, souvent rédigés par des écrivains. Il est aussi réputé pour ses cartoons, qui ponctuent la lecture de chaque numéro. La diffusion du New Yorker avoisine le million d’exemplaires.
Du pipeau
« D’accord, les séries télé et les jeux vidéo ont gagné en complexité au fil du temps. Mais cela nous rend-il plus intelligents ? », se demande Steven Poole dans The Guardian. Pour étayer sa thèse, Johnson fait appel aux neurosciences. Ainsi, les jeux vidéo sont bons pour le cerveau parce qu’ils stimulent le système dopaminergique. Johnson fait aussi valoir que le QI moyen a augmenté régulièrement ces dernières décennies. Mais quel est le rapport ?, demande Poole. À supposer que la hausse du QI indique bien une hausse de l’intelligence, ce qui est loin d’être établi, on pourrait aussi bien l’attribuer, par exemple, à l’augmentation de la consommation de bananes pendant la même période. Les bananes sont riches en potassium et autres minéraux favorables au cerveau. CQFD…
Poole s’étonne d’un curieux parti pris de l’auteur. Celui-ci considère qu’il ne faut pas s’intéresser au « contenu » des séries télé et des jeux vidéo, mais seulement aux formes de pensée qu’ils stimulent. Les princesses et les culs-de-basse-fosse d’un jeu comme Zelda, les meurtres par vengeance et les attaques terroristes de 24 Heures Chrono, sans parler de l’effroyable esthétique déployée, sont sans importance. Ce qui compte, c’est l’« apprentissage collatéral » dont bénéficie le joueur ou le spectateur. Lequel apprentissage concernerait ce que Johnson appelle les « mises en relation ». Ridicule, juge Poole. Personne n’a jamais rien appris sur les « mises en relation » en regardant 24 Heures Chrono.








Malcolm Gladwell est journaliste au New Yorker. Né en Angleterre, élevé au Canada, il vit aujourd’hui à New York. Il est l’auteurd’essais consacrés aux itinéraires personnels et professionnels, qui sont autant de bestsellers. Le plus récent a pour titre Outliers. The Story of Success (« Hors-norme. L’histoire de la réussite ») et a été publié par Little, Brown and Company. Ses deux livres précédents sont disponibles en français : Le Point de bascule (Transcontinentale) et La Force de l’intuition (Robert Laffont). 


















