N’idéalisons pas la démocratie
La démocratie n’est pas une invention propre à l’Occident. Mais elle n’a pas la valeur universelle qu’on lui prête souvent – et que lui prête le théoricien John Keane. Elle n’est pas forcément le meilleur garant de la paix, de la sécurité, de la prospérité, de la bonne gestion des problèmes. Ni même de la tolérance et de la liberté. Les peuples le savent.
Le Livre
Vie et mort de la démocratie
L'Australien John Keane est professeur de sciences politiques à l'université de Sydney. Ses innombrables livres, dont aucun n'est traduit en français, ont fait de lui un des théoriciens politiques anglo-saxons les plus influents du moment.
par John Keane
Simon & Schuster
© Sanjit Das/Panos/Rea
Lors des élections législatives de 2009, dans un village de la région d’Ahmedabad. La réussite de la démocratie indienne est extraordinaire, mais elle a eu pour prix la partition.
Écrivant en 1908, le théoricien allemand Max Weber, l’un des pères fondateurs de la sociologie, observait : « Des concepts comme “volonté du peuple”, “véritable volonté du peuple”, ont depuis bien longtemps cessé d’exister à mes yeux. Ce sont des fictions. Toutes les idées visant à abolir la domination de l’homme par l’homme sont utopiques. » Weber était un libéral, sur le plan politique, et il n’a jamais douté de la supériorité de la démocratie sur la tyrannie. Mais c’était aussi un réaliste. Or, si la démocratie peut rendre les gouvernements redevables et assurer des alternances pacifiques, pensait-il, elle ne peut abolir le besoin de dirigeants.
Dans son ouvrage monumental, produit de plus d’une décennie de recherches et long de près de mille pages, John Keane entend invalider cette vision réaliste. Ne citant la réflexion de Weber que pour la rejeter, il proclame : « Les démocraties, comprises comme des formes de gouvernement où nul corps ne gouverne, rendent superflu le fétiche de dirigeant (1). » Cet ouvrage érudit et militant est, dans une large mesure, un exercice de réécriture de l’histoire de la démocratie. Qui montre à quel point ce régime n’est pas une créature spécifiquement occidentale, tant sont nombreuses les civilisations qui l’ont expérimenté. Des formes de gouvernement d’assemblée existaient ainsi en Mésopotamie, deux mille ans ava (...)
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Notes
1| En anglais, John Keane écrit « where no body rules », jouant sur les termes « no body » (nul corps) et « nobody » (personne), ce dont John Gray fera son miel plus loin dans le texte.
Bibliographie
Marcel Gauchet, La Démocratie contre elle-même, Gallimard, 2002. Pour nourrir la réflexion sur l’« infantilisme » de la « démocratie de contrôle ».
Christophe Jaffrelot (dir.), Démocraties d’ailleurs. Démocraties et démocratisations hors d’Occident, Karthala, 2000. Le livre de référence en français sur les pratiques non occidentales de la démocratie.
Sources de l'article
The National



























