« Nous sommes pris au piège de la vitesse »
Tout accélère : nous vivons, parlons, travaillons de plus en plus vite. Ce mouvement a longtemps été source de progrès. Aujourd’hui, nous sommes comme un hamster dans sa cage. Nous tournons à vide.
Le Livre
Accélération. Une critique sociale du temps
par Hartmut Rosa
La Découverte
Hartmut Rosa : C’est l’un des grands paradoxes de la modernité. Le progrès technique aurait dû permettre aux hommes de libérer de longues plages de temps libre. Certains prophétisaient d’ailleurs même la fin du travail et l’avènement d’une société de pur loisir. Or ce n’est pas du tout ce qui s’est produit. Les ressources temporelles potentiellement « gagnées », par exemple dans les tâches ménagères – avec l’utilisation d’aspirateurs, de lave-linge et de lave-vaisselle, de fours à micro-ondes –, ont été absorbées par l’augmentation parallèle du temps d’utilisation de ces nouveaux outils. De même, des études ont montré que posséder une voiture ne diminuait pas le temps de transport, puisque le gain réalisé est converti en voyages plus nombreux et vers des destinations plus lointaines…
Comment expliquez-vous ce paradoxe ?
Nous assistons depuis le début de la révolution industrielle à une triple accélération. La première est technique ; c’est la plus évidente. Pendant des millénaires, la vitesse de pointe a plafonné à 15 km/h. C’était le rythme moyen du cheval. En deux cents ans, elle est passée à bien plus de 1 000 km/h, (...)
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Notes
1| Dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme (Gallimard, 2004).
Bibliographie
Zygmunt Bauman, La Vie liquide, Le Rouergue/Chambon, 2006. Le grand sociologue britannique livre son analyse de la société à l’ère de la mondialisation. Une société « liquide », où les relations, les identités, les appartenances politiques et les catégories de pensée sont jetables. Aux antipodes de la « solidité » sociale, idéologique, étatique, familiale et religieuse du monde d’hier (voir « La pensée liquide de Zygmut Bauman », Books, n°5).
Paul Virilio, Vitesse et politique. Un essai de dromologie, Galilée, 1977. Le sociologue et philosophe français pense la modernité en termes d’accélération. Celle-ci affecte tous les aspects de notre société (l’économie, la guerre, la communication) et jusqu’à notre rapport intime au monde.
Sources de l'article
Books




























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