Nous sommes tous des mangeurs d’enfants
En se penchant sur la légende du meurtre de Simon de Trente, l’Israélien Ariel Toaff en souligne la vraisemblance. C’est un tollé. Et une occasion, pour Umberto Eco, d’examiner une phobie universellement partagée.
Le Livre
Pâques de sang. Les Juifs d’Europe et les meurtres rituels
par Ariel Toaff
Il Mulino
La Chronique de Nuremberg (qui raconte les principaux événements de l’histoire du monde, de la création à 1493) contient une gravure dédiée au martyre de Simon, l’enfant assassiné pour des raisons rituelles par des Juifs, à Trente, et devenu l’objet d’un culte populaire jusqu’à ce que Paul VI décide en 1965 qu’il s’agissait d’une pure légende. Vient de paraître un livre (écrit par un Israélien) démontrant que cette affaire n’est pas dénuée de fondement ; naturellement, un vaste débat s’en est ensuivi.
Je déclare d’emblée que je n’ai pas la compétence pour vérifier la fiabilité des sources utilisées par l’auteur, et que la question ne me tourmente pas particulièrement : au long des siècles, des personnages relevant davantage de l’histoire de la psychiatrie que de l’histoire des religions se sont voués à des cultes plus ou moins sataniques. Il n’est donc pas invraisemblable qu’il ait existé des fous criminels juifs, tout comme il existe des fous criminels italiens, français ou maliens. Ce qui m’intéresse, en revanche, ce sont quelques souvenirs de lecture.
Dans L’Art poétique, Horace parle des lamies qui dévoraient les enfants et en restituaient les corps, apparemment intacts mais vidés de l’intérieur. Ovide raconte, dans Les Fastes, que des femmes-oiseaux suçaient le sang des enfants. L’édit de Liutprand, en 727, considérait les sorcières comme des dém (...)
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Sources de l'article
L'Espresso
Créé en 1955 à Rome, L’Espresso est un hebdomadaire généraliste. Magazine politique, culturel et économique, il s'est vite imposé comme le grand hebdomadaire du centre gauche en Italie. Les journalistes et éditorialistes les plus en vue sur la scène médiatique y collaborent, dont Umberto Eco, Enzo Biagi, Marco Travaglio ou encore l’écrivain Roberto Saviano. Par ses reportages chocs - dont ceux de Fabrizio Gatti sur l’exploitation esclavagiste des immigrés clandestins dans les plantations de tomates des Pouilles – et ses prises de position, L’Espresso s’est fait le porte-parole de plusieurs combats qui ont fait rage dans la société civile italienne comme celui sur l’approbation de la loi sur le divorce et celle sur l’IVG. Le mensuel est résolument antiberlusconiste.








Umberto Eco est professeur émérite de sémiologie à l’université de Bologne. Ce grand érudit est l’auteur de nombreux essais et de romans à succès, dont Le Nom de la Rose et Le Pendule de Foucault. 




















