Souriez, vous êtes filmés !
Et c’est tant mieux ! Certes, les gouvernements disposent d’outils de contrôle de plus en plus sophistiqués. Mais, à l’ère du téléphone portable et de WikiLeaks, les surveillés se retournent contre leurs surveillants. Convertis au culte de la transparence, les citoyens utilisent eux aussi la technologie. Au service de la liberté et de la moralité.
Le Livre
Panoptique
Philosophe et politologue anglais, Jeremy Bentham est considéré comme le fondateur de l’école utilitariste. Il était le maître à penser de John Stuart Mill. Défenseur des libertés individuelles sous toutes leurs formes, il fut aussi l’un des premiers défenseurs de l’égalité des sexes. Son Panopticon a été publié en 1787.
par Jeremy Bentham
Mille et Une Nuits
La technologie va-t-elle devenir une forme de tyrannie, ou nous en délivrer?? © GABRIEL BOUYS/AFP
En 1787, le philosophe Jeremy Bentham proposa de construire un « panoptique », un bâtiment circulaire composé de cellules adossées aux murs d’enceinte et une tour de guet centrale, la « loge du gardien », permettant, grâce à un système de stores et de cloisons, d’observer toutes les geôles sans que personne ne sache à un instant quelconque s’il était effectivement surveillé. Bentham estimait que ce modèle architectural convenait particulièrement aux prisons mais qu’il pouvait aussi être appliqué aux usines, aux hôpitaux, aux asiles psychiatriques et aux écoles. Non seulement il permettrait d’observer les prisonniers, les ouvriers, les malades, les fous et les élèves, mais également – si le responsable se rendait dans la zone de guet – les gardiens, les contremaîtres, les personnels soignants et enseignants. L’adoption progressive de ce « principe d’inspection » finirait par créer « un nouvel ordre des choses », prédisait Bentham, en créant un monde où l’on verrait « la morale réformée, la santé préservée, l’industrie revigorée, l’instruction répandue, les charges publiques allégées, l’économie fortifiée &ra (...)
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Bibliographie
• David Leigh et Luke Harding, La Fin du secret. Julian Assange et la face cachée de WikiLeaks, Music and Entertainment Books, 2011.
Par l’équipe du quotidien britannique The Guardian, qui a suivi de près les méandres de l’affaire WikiLeaks.
• Jean-Marc Manach, La Vie privée, un problème de vieux cons?? FYP Éditions, 2010. Par un journaliste spécialisé dans l’impact des nouvelles technologies sur la société. Un technophile soucieux des libertés et de la démocratie.
• Alex Türk, La Vie privée en péril. Des citoyens sous contrôle, Odile Jacob, 2011. Le testament de l’ancien président
de la CNIL, par ailleurs sénateur. Un livre aussi indispensable qu’impressionnant.
• Gérard Wajcman, L’Œil absolu, Denoël, 2010. Un ouvrage séminal. Par un psychanalyste qui dirige le Centre d’étude d’histoire et de théorie du regard à Paris-VIII. « L’idéologie de la transparence menace nos existences, l’espace privé de nos maisons et l’intérieur de nos corps, dissolvant un peu plus chaque jour notre part d’intime et de secret. La science et la technique ont bricolé un dieu omni-voyant électronique, un nouvel Argos doté de millions d’yeux qui ne dorment jamais. »
Sources de l'article
Harper's
Créé en 1850, Harper’s est l’un des plus vieux magazines américains publiés sans interruption. Ce mensuel publie des textes de premier plan dans tous les domaines, qu’il s’agisse d’essais, de critiques littéraires, de reportages ou de fictions. Les plus grands chercheurs, écrivains ou responsables politiques s’y sont exprimés, de Winston Churchill à Joseph Stiglitz en passant par Norman Mailer. Harper’s est connu pour son regard critique sur l’establishment américain. Au risque d’aller parfois trop loin : en 2006, Celia Farber y présentait favorablement la théorie de Peter Duesberg, selon lequel le VIH ne provoque pas le sida.
Facebook, Google, Twitter et la vie privée
Avec désormais près d’un milliard de membres dans le monde (sauf en Chine, qui interdit ce réseau), Facebook est devenu le plus important collecteur de données personnelles de la planète. Il stocke plus de 75 milliards de photos personnelles et en fait circuler certaines sans le consentement des intéressés. Un étudiant autrichien de 24 ans a obtenu (c’est un droit) une copie de toutes les données que Facebook possède sur lui : cela représentait un dossier de 1 222 pages. Le réseau peut permettre à un annonceur de cibler un hétérosexuel de 32 ans habitant à Paris qui travaille chez BNP Paribas et aime skier, notamment à Courchevel. Aux États-Unis, la Commission fédérale du commerce (FTC) a établi que Facebook communiquait à des annonceurs des informations permettant d’identifier des personnes et que le réseau continuait de rendre accessibles des photos et des vidéos pourtant « supprimées » par l’internaute.
Si vous avez un smartphone, Google a des chances de savoir exactement où vous vous trouvez et stocke l’information, de même qu’il conserve le contenu de vos courriels et de vos messages vocaux. En promenant sa flotte de voitures utilisées pour photographier chaque maison, chaque coin de rue, Google a capté le contenu de messages échangés par des particuliers utilisant une connexion wi-fi. Il s’est fait condamner ici ou là pour l’avoir fait (en France par la CNIL). Le géant des moteurs de recherche croise les données personnelles tirées de ses principaux services : le moteur de recherche lui-même, YouTube (où chacun peut mettre ses vidéos), la messagerie Gmail, son nouveau réseau social Google+. « Google connaîtra sans doute bientôt le contenu de votre frigidaire, votre pouls quand vous faites de l’exercice, le temps qu’il fait devant votre porte, votre profil de consommateur d’électricité, le numéro de vos cartes bancaires, votre dossier médical… », écrit le rédacteur en chef de la London Review of Books en commentant trois nouveaux livres sur l’entreprise.
Twitter n’est pas en reste. Le nombre de tweets envoyés est de l’ordre de 250 millions par jour et la compagnie vend l’accès à certains d’entre eux pour permettre aux entreprises de connaître en temps réel l’image de leurs produits. Une société peut par exemple obtenir tous les tweets envoyés par des hommes intéressés par tel produit et vivant à Paris.


























