Idées

Dimanche 21 février 2010

Numéro 12

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Wikipédia, le grand bazar de la connaissance

Le succès de Wikipédia est aussi phénoménal qu’imprévu. Le « projet d’encyclopédie libre que vous pouvez améliorer » reçoit 330 millions de visiteurs par mois dans le monde. En tournant le dos à l’expertise, en s’appuyant sur la gratuité et le volontariat et en créant une communauté, le projet a acquis une grande popularité. Mais le savoir ainsi diffusé sert-il vraiment les intérêts du plus grand nombre ?

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Le 1er mars 2006, l’encyclopédie interactive Wikipédia passait la barre du million d’articles en ligne avec une page sur Jordanhill, gare de la banlieue de Glasgow. Son auteur, Ewan MacDonald, publia une seule phrase sur la gare à 23 h 00, heure locale ; au cours des vingt-quatre heures qui suivirent, la page fut modifiée plus de quatre cents fois par des dizaines de personnes. On apprend ainsi que Jordanhill est la « 1029e gare du Royaume-Uni pour le trafic de passagers » et que « tous ses guichets sont désormais automatiques ». L’Encyclopædia Britannica, qui fait depuis plus de deux siècles figure d’étalon-or des ouvrages de référence, ne compte que 120 000 articles dans sa version la plus complète. Il semble que les encyclopédies traditionnelles n’aient jamais pensé que quiconque puisse se poser des questions sur le sudoku ou la prostitution en Chine. Ni, d’ailleurs, sur le syndrome de Capgras (l’impression glaçante qu’un de vos proches a été remplacé par un sosie), le parti Rhinocéros du Canada, la maison de Bill Gates, la guerre anglo-zanzibarienne (qui dura une quarantaine de minutes) ou l’islam en Islande (1). Wikipédia contient de bons articles sur Kafka et la guerre de Succession d’Espagne, ainsi qu’un guide complet des bâtiments de la marine américaine, une page magistrale sur le Scrabble, une liste de chats célèbres, des remèdes contr (...)

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Commentaires
  • Rédigé par : HANNA ISSAM le 25/02/2010

  • Pourquoi ce message alors que je suis abonné sous le numéro : 0008721 04532 ? Yvon Cuingnet 105 rue Desmazieres 59110 La Madeleine

    Rédigé par : YVON CUINGNET le 28/02/2010

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Notes

1| On trouve désormais un article sur le sudoku ou sur le syndrome de Capgras dans la version on-line de la Britannica, qui est, selon l’éditeur, « mise à jour régulièrement ».

2| Omidyar Networks, un « fonds d’investissement philanthropique », a versé 2 millions de dollars à Wikipédia en 2009.

3| Article publié dans l’American Economic Review.

4| The Cathedral and the Bazaar, par Eric Raymond, O’Reilly, 2001.

5| L’article de Wells, « L’idée d’une encyclopédie mondiale », a été publié en 1937 dans Harper’s.

6| Felix Unger est un personnage de la pièce Drôle de couple de Neil Simon.

7| La Britannique Florence Nigthingale fut une pionnière des soins infirmiers ?au XIXe siècle. Joey Ramone est un chanteur punk américain, mort en 2001.

8| Pour une critique de l’article français sur le réchauffement climatique, voir notre WikiGrill.

9|Sur la version française de Wikipédia, on pouvait lire en janvier 2010 : « Wales décrit Bonis [la société en question] comme “un moteur de recherche plutôt destiné aux mecs, vendant des images érotiques”. »

10| Sur le site de l’université de Californie, Paul Duguid, (lire l'entretien qu'il nous a accordé « Wikipédia, où est ta démocratie ? »), déclara en avril 2006 : « J’ai lu tous les articles utilisés par Nature pour comparer la Britannica et Wikipédia et je suis arrivé à la conclusion que ce n’est pas Wikipédia ou la Britannica qui fait problème, mais Nature. C’est un travail de démolition idiot qui met en cause l’intégrité de la revue. »

11| À propos du « savoir » de Wikipédia, Jimmy Wales déclarait en juin 2006 : « Il est de bonne qualité, mais il faut le prendre avec précaution. Cela dépend de ce que vous voulez en faire. »

12| On peut l’entendre dire : « Si ce n’est pas sur Google, c’est que cela n’existe probablement pas », sur www.ted.com/talks/jimmy_wales_on_the_birth_of_wikipedia.html

Bibliographie

En français

Patrice Flichy, L’Imaginaire d’Internet, La Découverte, 2001. Une « analyse des utopies fondatrices d’Internet »?; « Internet, un outil de la démocratie?? », La vie des idées.fr, janvier 2008.

Pierre Gourdain et al., La Révolution Wikipédia, Les encyclopédies vont-elles mourir??, préface de Pierre Assouline, Mille et une nuits, 2007.

Pierre Haski, Internet et la Chine, Seuil, 2008.

Aziv Lev-On et Bernard Manin, « Internet : la main invisible de la délibération », Esprit, mai 2006.

Et le dossier de Books, « Internet rend-il encore plus bête?? », juillet-août 2009.

En anglais


Andrew Lih, The Wikipedia Revolution, Aurum, 2009. Un panégyrique de Wikipédia.

Mathieu O’Neil, Cyberchiefs, Pluto Press, 2009. Sur les rapports d’autorité dans les « tribus » en ligne.

Howard Rheingold, Smart Mobs. The Next Social Revolution, Basic Books, 2003. Un classique du cyberoptimisme.

John Robb et James Fallows, Brave New War, Wiley, 2007. Sur l’utilisation du Web par les terroristes.

En allemand

Susanne Gaschke, Klick-Strategien gegen die digitale Verdummung, Herder, 2009. Une critique de l’idéologie numérique.

Sources de l'article

The New Yorker

Fondé en 1925, l’hebdomadaire chic de New York présente une description complète des événements culturels de la ville et une série d’articles de haut niveau, souvent rédigés par des écrivains. Il est aussi réputé pour ses cartoons, qui ponctuent la lecture de chaque numéro. La diffusion du New Yorker avoisine le million d’exemplaires.

Note de l’éditeur

L’article du 31 juillet 2006 sur Wikipédia écrit par Stacy Schiff contenait une interview avec un administrateur et contributeur de Wikipédia connu sous le pseudonyme de Essjay, qui était notamment chargé de traiter les désaccords sur l’exactitude des articles du site et d’agir contre les utilisateurs enfreignant ses règles. Il était décrit dans l’article comme un « professeur de religion dans une université privée », titulaire d’un « doctorat de théologie et d’une licence de droit ».

Essjay fut recommandé à Stacy Schiff par un membre de l’équipe dirigeante de Wikipédia en raison de l’estime dont il bénéficie dans la communauté. Il accepta de décrire son travail en tant qu’administrateur de Wikipédia mais refusa d’être identifié autrement que par les détails biographiques apparaissant sur sa page d’utilisateur. À l’époque, pas plus que Wikipédia, nous ne connaissions son véritable nom. Essjay a mené toute sa vie sur Wikipédia sous son nom d’utilisateur ; l’anonymat est fréquent chez les administrateurs et contributeurs du site, et lui-même disait redouter la vengeance de ceux qu’il avait sanctionnés en ligne. Essjay affirme aujourd’hui que son vrai nom est Ryan Jordan, qu’il a 24 ans, n’est titulaire d’aucun diplôme universitaire, et n’a donc jamais enseigné. Il a été embauché récemment par Wikia, une entreprise à but lucratif affiliée à Wikipédia, en tant que « community manager » ; il continue à assurer ses fonctions sur Wikipédia. Il n’a pas répondu à un message que nous lui avons envoyé ; à propos de ce personnage inventé d’Essjay, Jimmy Wales, le cofondateur de Wikia et de Wikipédia a déclaré : « Je le prends comme un pseudonyme et cela ne me pose pas vraiment de problème. »

Ce texte a été publié le 5 mars 2007 dans le New Yorker.

Le nouveau Sésame du savoir

Wikipédia est de très loin l’encyclopédie la plus consultée au monde avec aujourd’hui plus de 330 millions de visiteurs par mois, en croissance régulière. La version anglaise compte plus de 3 millions d’articles, la version française plus de 900 000, la version arabe 110 000. Au total, l’encyclopédie compte 7,5 millions d’articles en plus de 250 langues (175 versions ont plus de mille entrées).

L’encyclopédie compterait plus de 3 millions de contributeurs dans le monde. L’âge moyen des contributeurs à la version anglaise est de 26,8 ans et 87 % sont des hommes, dont plus de 65 % de célibataires et plus de 85 % sans enfant (2008). D’après une étude menée en 2009 par des chercheurs de Palo Alto, on assiste depuis deux ans à un ralentissement de la croissance du nombre d’articles et des nouveaux contributeurs. D’après une autre étude menée en 2009 par un chercheur madrilène, on assiste même depuis un an à une baisse sensible du nombre de contributeurs dans la version anglaise. Pour Jimmy Wales, le patron de Wikipédia, il s’agit simplement d’une « stabilisation ».

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L'auteur de l'article

Stacy Schiff

schiff stacy

Prix Pulitzer en 2008 pour sa biographie de Vera Nabokov, la femme de l’écrivain, Stacy Schiff est l’auteur de nombreux essais. Elle a écrit une biographie de Saint-Exupéry, ainsi qu’un ouvrage sur Franklin, la France et la naissance de l’Amérique. Editorialiste au New York Times, elle collabore régulièrement au New Yorker et au Times Literary Supplement. Ces renseignements ont été trouvés sur Wikipédia.

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