Pour la défense du Nègre
par Pour la défense du Nègre
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Pour la défense du Nègre

Écrit par publié le le 7 février 2017

Le Tour du monde. Edouard Charton

Après quelques jours de polémique, le propriétaire d’une salle de spectacle parisienne, dont l’ouverture est prévue à la mi-mars, a préféré ne pas la nommer « Le Bal nègre ». Le mot nègre reste fortement connoté. Pourtant au début du XIXe siècle, certains abolitionnistes l’employaient. Ainsi l’abbé Grégoire choisit de mettre ce mot en avant dans son De la littérature des nègres et d’en faire une arme pour tordre le cou à tous les préjugés et toutes les théories pseudo-scientifiques sur ceux qui ne sont pas blancs.

 

Sous le nom d’Éthiopiens, les Grecs comprenaient tous les hommes noirs. Cette assertion s’appuie sur des passages de la bible des Septante, d’Hérodote, Théophraste, Pausanias, Athénée, Héliodore, Eusèbe, Flavius Josephe. Ils sont appelés de même par Pline l’ancien et Térence. On distinguait les Éthiopiens orientaux, ou indiens, ou d’Asie, des Éthiopiens occidentaux, ou d’Afrique. Rome connut ceux-ci sans doute dans ses guerres avec les Carthaginois, qui en avaient dans leurs armées, à ce que prétend Macpherson, fondé sur un passage de Frontin. Rome ayant plus que la Grèce des relations fréquentes avec les côtes occidentales de l’Afrique, quelquefois, dans les auteurs latins, les Noirs furent appelés Africains. Mais en Orient, on continua de les désigner sous le nom d’Éthiopiens, parce qu’ils y arrivaient par la voie de l’Éthiopie, qui depuis l’an 651 paya, pendant assez longtemps aux Arabes, un tribut annuel d’esclaves, et qui, pour acquitter ce tribut, en tirait peut-être de l’intérieur de l’Afrique. On les employait à la guerre, car dans celle des croisades, on voit à Hébron, et au siège de Jérusalem, en 1099, des Noirs à cheveux crépus, que Guillaume de Malmesbury appelle également Éthiopiens.

Chez les modernes, quoique le nom d’Éthiopie soit exclusivement réservé à une région de l’Afrique, beaucoup d’écrivains, espagnols et portugais surtout, ont appelé Éthiopiens tous les Noirs. Il n’y a pas encore trente ans que le docteur Ehrlen imprimait, à Strasbourg, un traité de servis Æthiopibus Europeorum in coloniis Americæ. La dénomination d’Africains prévaut actuellement, et l’emploi de ces deux mots est également abusif, puisque d’une part l’Éthiopie, dont les habitants ne sont pas du noir le plus foncé, n’est qu’une partie d’Afrique, et que de l’autre il y a des Noirs asiatiques. (…)

La couleur noire étant le caractère le plus marqué qui sépare des Blancs une partie de l’espèce humaine, communément on a été moins attentif aux différences de conformation qui entre les Noirs eux-mêmes établissent des variétés. C’est à quoi fait allusion Camper, lorsqu’il dit que Rubens, Sébastien Ricci et Vander-Tempel, en peignant les Mages, ont peint des Noirs, et non des Nègres. Ainsi, avec d’autres auteurs, Camper restreint cette dernière dénomination à ceux qui se font remarquer par des joues proéminentes, de grosses lèvres, un nez épaté, et la chevelure moutonnée. Mais cette distinction entre eux, et ceux qui ont la chevelure lisse et longue, ne constitue pas une diversité de races. Le caractère spécifique des peuples est permanent, tant qu’ils vivent isolés ; il s’affaiblit ou disparaît par le mélange. Reconnaît-on la peinture que fait César des Gaulois, dans les habitants actuels de la France ? Depuis que les peuples de notre continent sont, pour ainsi dire, transvasés les uns dans les autres, les caractères nationaux sont presque méconnaissables au physique et au moral. On est moins Français, moins Espagnol, moins Allemand ; on est plus Européen, et ces Européens, ont les uns la chevelure frisée, les autres lisse ; mais si, à cause de cette différence et de quelques autres dans la stature et la conformation, on prétendait assigner l’étendue et les limites de leurs facultés intellectuelles, n’aurait-on pas le droit d’en rire ? Dira-t-on que la comparaison pèche en ce que les chevelures européennes qui sont crépues ne sont pas laineuses ? Au lieu de se prévaloir des exceptions à cette règle, on se borne à demander si cette discrépance suffit pour nier l’identité d’espèce. Il en est de même dans la variété noire ; entre les individus placés aux extrémités de la ligne terminée d’un côté par la variété blanche, et de l’autre par la noire, il existe des différences remarquables qui s’atténuent et se confondent dans les intermédiaires.(…)

Ceux qui ont voulu déshériter les Nègres, ont appelé l’anatomie à leur secours, et sur la disparité de couleur se sont portées leurs premières observations. Un écrivain nommé Hanneman, veut que la couleur des Nègres leur soit venue de la malédiction prononcée par Noé contre Cham. Gumilla perd son temps à le réfuter. Cette question a été discutée par Pechlin, Ruysch, Albinus, Pittre, Santorini, Winslow, Mitchil, Camper, Zimmerman, Meckel père, Demanet, Buffon, Somering, Blumenbach, Stanhope-Smith, et beaucoup d’autres. Mais comment s’accorderait-on sur les conséquences, si l’on est discordant sur les faits anatomiques qui doivent leur servir de base ?

Meckel père pense que la couleur des Nègres est due à la couleur foncée du cerveau ; mais Walter, Bonn, Somering, le docteur Gall, et d’autres grands anatomistes, trouvent la même couleur dans les cerveaux des Nègres et ceux des Blancs.

Barrère et Winslow croient que la bile des Nègres est d’une couleur plus foncée que celle des Européens ; mais Somering la trouve d’un vert jaunâtre.

Attribuez-vous la couleur des Nègres à celle de leur membrane réticulaire ? Mais si chez les uns elle est noire, d’autres l’ont cuivrée ou couleur de bistre. Au fond, c’est reculer la difficulté sans la résoudre ; car dans l’hypothèse que la substance médullaire, la bile, la membrane réticulaire, seraient constamment noires, il resterait à expliquer la cause. Buffon, Camper, Bonn, Zimmerman, Blumenbach, Chardel son traducteur français, Somering, Imlay, attribuent la couleur des Nègres, et celle des autres variétés, au climat, secondé par des causes accessoires, telles que la chaleur, le régime de vie. Le savant professeur de Gottingue remarque qu’en Guinée, non-seulement les hommes, mais les chiens, les oiseaux, et surtout les gallinacées, sont noirs, tandis que l’ours et d’autres animaux sont blancs vers les mers glaciales. La couleur noire étant, selon Knight, l’attribut de la race primitive dans tous les animaux, il penche à croire que le Nègre est le type original de l’espèce humaine. Demanet et Imlay remarquent que les descendants des Portugais établis au Congo, sur la côte de Sierra-Leone, et sur d’autres points de l’Afrique, sont devenus Nègres ; et pour démentir des témoins oculaires tel que le premier, il ne suffit pas de nier, comme l’a fait le traducteur du dernier ouvrage de Pallas.

On sait que les parties les moins exposées au soleil, telles que la plante des pieds et les entre-doigts sont blafardes ; aussi Stanhope-Smith, qui dérive la couleur noire de quatre causes, le climat, le régime de vie, l’état de société, la maladie, après avoir accumulé des faits qui prouvent l’ascendant du climat sur la complexion et la figure, explique très-bien pourquoi les Africains de la côte occidentale sous la zone torride, sont plus noirs que ceux de l’est ; pourquoi la même latitude en Amérique ne produit pas le même effet. Ici l’action du soleil est combattue par des causes locales qui, en Afrique, la fortifient ; en général la couleur noire se trouve entre les Tropiques, et ses nuances progressives, suivent la latitude chez les peuples qui très-anciennement établis dans une contrée n’ont été ni transplantés sous d’autres climats, ni croisés par d’autres races. Si les Sauvages de l’Amérique du nord, et les Patagons placés à l’autre extrémité de ce continent, ont la teinte plus foncée que les peuples rapprochés de l’isthme de Panama, pour expliquer ce phénomène, ne doit-on pas recourir aux transmigrations anciennes, et consulter les impressions locales ? T. Williams, auteur de l’Histoire de l’État de Vermont, appuie ce système par des observations qui prouvent la connexité de la couleur et du climat ; sur des données approximatives, il conjecture que pour réduire, par des croisements, la race noire à la couleur blanche, il faut cinq générations qui, étant supposées chacune de vingt-cinq ans, donnent un total de cent vingt-cinq ans ; que pour amener les Noirs à la couleur blanche, sans croisement et par la seule action du climat, il faut quatre mille ans ; mais seulement six cents ans pour les Indiens qui sont de couleur rouge.

Ces effets sont plus sensibles chez les esclaves attachés au service domestique, mieux soignés, mieux nourris. Non-seulement leurs traits et leur physionomie ont subi un changement visible, mais ils gagnent au moral.

Outre le fait incontestable des Albinos, Somering établit, par des observations multipliées, que l’on a vu des Blancs noircir, jaunir ; des Nègres blanchir ou pâlir, surtout à l’issue de maladies : quelquefois même, dans la grossesse, la membrane réticulaire des femmes blanches devient aussi noire que celle des Négresses d’Angola. Ce phénomène vérifié par le Cat, est confirmé par Camper, comme témoin oculaire. Cependant Hunter soutient que quand la race d’un animal blanchit, c’est une preuve de dégénération. Mais s’ensuit-il que dans l’espèce humaine la variété blanche soit dégénérée ? Ou faut-il, au contraire, avec le docteur Rush, dire que la couleur des Nègres est le résultat d’une léproserie héréditaire ? Il s’appuie du chimiste Beddoes, qui avait presque blanchi la main d’un Africain, par une immersion dans l’acide muriatique oxygéné. Un journaliste propose, en ricanant, d’envoyer en Afrique des compagnies de blanchisseurs. Cette plaisanterie, inutile pour éclaircir la question, est inconvenante quand il s’agit d’un homme distingué comme le docteur Rush.

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Les philosophes ne s’accordent pas à fixer quelle partie du corps humain doit être réputée le siège de la pensée et des affections. Descartes, Harthley, Buffon offrent chacun leurs systèmes. Cependant, comme la plupart le placent dans le cerveau, on a voulu en conclure que les plus grands cerveaux étaient les plus richement dotés en talents, et que les Nègres l’ayant plus petit que les Blancs, devaient leur être inférieurs. Cette assertion est détruite par des observations récentes ; car divers oiseaux ont proportionnément le cerveau plus volumineux que celui de l’homme.

Cuvier ne veut pas que l’on mesure la portée de l’intelligence sur le volume du cerveau, mais sur celui de la partie du cerveau nommée les hémisphères, qui augmente ou diminue, dit-il, dans la même mesure que les facultés intellectuelles de tous les êtres dont se compose le règne animal. Mais Cuvier, modeste comme tous les vrais savants, ne propose sans doute cette idée que comme une conjecture ; car pour tirer une conséquence affirmative, ne faudrait-il pas que nous connussions mieux les rapports de l’homme, son état moral ? Combien de siècles s’écouleront peut-être avant qu’on ait pénétré ce mystère. (…)

Admettons néanmoins que chaque peuple a un caractère spécifique, qui se reproduit jusqu’à ce que le mélange éventuel l’altère ou l’efface. Qui pourrait fixer le laps de temps nécessaire pour détruire l’influence de ces diversités transmises héréditairement, et qui sont le produit du climat, de l’éducation, du régime diététique, des habitudes ? La nature est diversifiée dans ses détails à tel point, que quelquefois les yeux les plus exercés seraient tentés de rapporter à des espèces différences des plantes congénères. Cependant elle admet peu de types primitifs, et dans les trois règnes, la puissance féconde de l’Éternel en fait jaillir une foule de variétés qui font l’ornement et la richesse du globe.

Blumenbach croit que les Européens dégénèrent par un long séjour dans les deux Indes et en Afrique. Somering n’ose décider si la race primitive de l’homme, en quelque coin de la terre qu’on place son berceau, s’est perfectionnée en Europe, si elle s’est altérée en Nigritie, attendu que pour la force et l’adresse, la conformation des Nègres relativement à leur climat, est aussi accomplie, et peut-être plus que celle des Européens. Ils surpassent les Blancs par la finesse exquise de leurs sens, surtout de l’odorat. Cet avantage leur est commun avec tous les peuples à qui le besoin en prescrit un fréquent exercice ; tels sont les indigènes de l’Amérique du nord ; tels les Nègres marrons de la Jamaïque, qui à la vue distinguent dans les bois des objets imperceptibles à tous les Blancs. Leur taille droite, leur contenance fière, leur vigueur indiquent leur supériorité ; ils communiquent entre eux en sonnant de la corne, et la nuance des sons est telle, qu’ils s’interpellent au loin en distinguant chacun par son nom.

Somering observe encore que la perfection essentielle d’une foule de plantes se détériore par la culture. La magnificence et la fraîcheur passagères qu’on s’efforce de produire dans les fleurs, détruisent souvent le but auquel la nature les destine. L’art de faire éclore des fleurs doubles, que nous devons aux Hollandais, ôte presque toujours à la plante la faculté de se reproduire. Quelque chose d’analogue se retrouve chez les hommes ; leur esprit est souvent cultivé aux dépens du corps, et réciproquement ; car plus l’esclave est abruti, plus il est propre aux travaux des mains.

On ne refuse point aux Nègres la force corporelle ; quant à la beauté, d’où la faites-vous résulter ? Sans doute de la couleur et de la régularité des traits ; mais sur quoi fondé veut-on que la blancheur soit la couleur privativement admise dans ce qui constitue la beauté, tandis que ce principe n’est point appliqué aux autres productions de la nature ? Chacun sur cet objet a ses préjugés, et l’on sait que diverses peuplades noires, transportant la couleur réputée chez eux la moins avantageuse au diable, le peignent en blanc.

Ce qu’on appelle la régularité des traits, est une de ces idées complexes dont peut-être n’a-t-on pas encore saisi les éléments, et sur lesquels, après tous les efforts de Crouzas, de Hutcheson et du P. André, il reste à établir des principes. Dans les mémoires de Manchester, George Walker prétend que les formes et les traits universellement approuvés chez tous les peuples, sont le type essentiel de la beauté ; que ce qui est contesté est dès-lors un défaut, une déviation du jugement. C’est demander à l’érudition la solution d’un problème physiologique.

Bosman vante la beauté des Négresses de Juïda ; Ledyard et Lucas, celle des Nègres Jalofes ; Lobo, celle des Abyssins. Ceux du Sénégal, dit Adanson, sont les plus beaux hommes de la Nigritie ; leur taille est sans défaut, et parmi eux on ne trouve point d’estropiés. Cossigny vit à Gorée des Négresses d’une grande beauté, d’une taille imposante, avec des traits à la romaine. Ligon parle d’une Négresse de l’île S. Yago, qui réunissait la beauté et la majesté à tel point, que jamais il n’avait rien vu de comparable. Robert Chasle, auteur du Journal du Voyage de l’amiral du Quesne, étend cet éloge aux Négresses et Mulâtresses de toutes les îles du Cap-Vert. Leguat, Ulloa et Isert, rendent le même témoignage à l’égard des Négresses qu’ils ont vues, le premier à Batavia, le second en Amérique, et le troisième en Guinée.

D’après ces témoignages, Jedediah-Morse se mettra sans doute en frais pour expliquer le caractère de supériorité qu’il trouve imprimé sur le front du Blanc.

Les systèmes qui supposent une différence essentielle entre les Nègres et les Blancs, ont été accueillis 1°. par ceux qui à toute force veulent matérialiser l’homme, et lui arracher des espérances chères à son cœur ; 2°. par ceux qui, dans une diversité primitive des races humaines, cherchent un moyen de démentir le récit de Moïse ; 3°. par ceux qui, intéressés aux cultures coloniales, voudraient dans l’absence supposée des facultés morales du Nègre, se faire un titre de plus pour le traiter impunément comme les bêtes de somme.

Un de ceux qu’on avait accusés d’avoir manifesté une telle opinion, s’en défend avec chaleur. On lui reprochait d’avoir dit dans ses Idées sommaires sur quelques règlements à faire à l’assemblée coloniale, imprimées au Cap, qu’il y a deux espèces d’hommes, la blanche et la rouge ; que les Nègres et Mulâtres n’étant pas de la même que le Blanc, ne peuvent prétendre aux droits naturels pas plus que l’Orang-outang ; qu’ainsi Saint-Domingue appartient à l’espèce blanche. L’auteur le nie. Il est remarquable qu’alors correspondant de l’académie des sciences, aujourd’hui membre de l’Institut, il avait précisément à cette époque pour confrère correspondant de la même académie, un Mulâtre de l’île de France, Geoffroi-Lislet, dont il sera question ci-après.

Les lois coloniales ne prononçaient pas formellement qu’il y ait parité entre l’esclave et la brute ; mais divers actes réglementaires et judiciaires le supposaient. Dans la multitude de faits, je choisis 1°. une sentence du conseil du Cap, tiré d’une source non suspecte, la collection de Moreau-Saint-Méry. L’énoncé de ce jugement rapproche sur la même ligne les Nègres et les porcs. 2º. Le réglement de police qui à Batavia interdit aux esclaves de porter des bas, des souliers, et de paraître sur les trottoirs près des maisons ; ils doivent marcher dans le milieu de la rue avec les bestiaux.

Mais pour l’honneur des savants qui ont approfondi cette matière, hâtons-nous de déclarer qu’ils n’ont pas blasphémé la raison en essayant de ravaler les Noirs au-dessous de l’humanité. Ceux même qui veulent mesurer l’étendue des facultés morales sur la grandeur du cerveau, désavouent les rêveries de Kaims, et toutes les inductions que veulent en tirer, soit le matérialisme pour nier la spiritualité de l’âme, soit la cupidité pour les asservir.

J’ai eu occasion d’en conférer avec Bonn d’Amsterdam, qui a la plus belle collection connue de peaux humaines ; avec Blumenbach, qui a peut-être la plus riche en crânes humains ; avec Gall, Meiners, Osiander, Cuvier, Lacépède ; et je saisis cette occasion d’exprimer à ces savants ma reconnoissance. Tous, un seul excepté qui n’ose décider, tous comme Buffon, Camper, Stanhope-Smith, Zimmerman, Somering, admettent l’unité de type primitif dans la race humaine.

Ainsi la physiologie se trouve ici d’accord avec les notions auxquelles ramène sans cesse l’étude des langues et de l’histoire, avec les faits que nous révèlent les livres sacrés des Juifs et des Chrétiens. Ces mêmes auteurs repoussent toute assimilation de l’homme à la race des singes ; et Blumenbach, fondé sur des observations réitérées, nie que la femelle du singe soit soumise à des évacuations périodiques qu’on citoit comme un trait de similitude avec l’espèce humaine. Entre les têtes du sanglier et du porc domestique, qu’on avoue être de la même race, il y a plus de différence qu’entre la tête du Nègre et celle du Blanc ; mais, ajoute-il, entre la tête du Nègre et celle de l’Orang-outang, la distance est immense. Les Nègres étant de même nature que les Blancs, ont donc avec eux les mêmes droits à exercer, les mêmes devoirs à remplir. Ces droits et ces devoirs sont antérieurs au développement moral. Sans doute leur exercice se perfectionne ou se détériore selon les qualités des individus. Mais voudrait-on graduer la jouissance des avantages sociaux, d’après une échelle comparative de vertus et de talents, sur laquelle beaucoup de Blancs eux-mêmes ne trouveraient pas de place ?

 

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