Le rouge, danger ou majesté ?
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Le rouge, danger ou majesté ?

Écrit par La rédaction de Books publié le 17 mars 2017

Caverne du Pont d'Arc. Claude Valette

La ministre de la Santé a tranché cette semaine en faveur du logo nutri-score, qui classe les aliments du vert au rouge selon leurs qualités nutritionnelles. Le système a le mérite d’être clair, un peu trop au goût de certains industriels. Le rouge symbole du danger invite à l’éviter. Il a pourtant été pendant des millénaires la première des couleurs, explique l’historien Michel Pastoureau dans Rouge, histoire d’une couleur.

Il est la première teinte employée par l’homme pour peindre. L’artiste qui a décoré la grotte Chauvet, 33 000 ans avant notre ère, ne s’est pas contenté du noir de charbon offert par un morceau de bois brûlé. Il a créé un pigment rouge en utilisant un minerai de fer qu’il lui a fallu extraire, laver, filtrer, réduire en poudre et mélanger à des huiles. Tous ces efforts suggèrent que cette couleur devait avoir une force symbolique.

Pendant l’Antiquité, la signification du rouge est connue. Il est associé à la richesse et à la majesté. Et s’il reste prédominant— les Romains différenciaient quinze nuances de rouge, contre une ou deux pour le vert et le bleu — on ne peut pas affirmer qu’il était la couleur préférée. Car, explique Michel Pastoureau, les teintes ne sont pas encore indépendantes des objets qui les portent. Une toge, une fleur peuvent être rouge, mais le rouge lui-même n’existe pas. Le concept de couleur naît progressivement au Moyen-Âge, comme en atteste l’évolution du vocabulaire. La chrétienté d’alors adore le rouge et lui offre son ambivalence. Il est à la fois le sang du Christ et le feu des enfers, la purification et la damnation. Il se rapporte autant à l’amour, la gloire et la beauté qu’à l’orgueil, la violence et la luxure.

Les morales protestantes font clairement pencher la balance en faveur des secondes et bannissent le rouge. Au XVIIIe siècle, il sera définitivement détrôné. Le bleu devient la couleur préférée des européens.

 

A lire aussi : La beauté vénéneuse du vert, Books, février 2015.

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