Bernard Granger : « S’il suffisait de jouer au ballon pour guérir la dépression… »
Le marketing de Big Pharma et le réductionnisme biologique valent d’être dénoncés, mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Heureusement pour les personnes qui souffrent, les psychotropes sont souvent bien plus efficaces que des placebos.
Le Livre
Peut-on dire que compagnies pharmaceutiques exercent aussi en France une influence directe sur les décisions des autorités sanitaires chargées d’autoriser la mise sur le marché des psychotropes ?
Directe et indirecte. Directe, car ce sont les firmes qui préparent les dossiers soumis aux agences de régulation, en essayant de présenter les données dans un sens favorable à leurs intérêts (1). Indirecte, par leurs implications dans la formation et l’information qu’elles délivrent aux médecins prescripteurs et au grand public. Je ne parle pas du financement des activités politiques ou des subventions en tous sens que l’industrie accorde aux décideurs et aux leaders d’opinion, comme on l’a vu récemment à l’occasion du scandale du Mediator.
Les laboratoires influencent-ils ici également le contenu des messages transmis lors des congrès de psychiatrie ?
Oui, car ils financent en grande partie les manifestations dites scientifiques, et cela ne se fait pas sans contrepartie dans l’élaboration du programme ou dans le choix des différents orateurs et des participants.
En France aussi, peut-on dire que le marketing des firmes a une influence sur les prescriptions de psychotropes par les mé (...)
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Notes
1| Induite par l’affaire du Mediator, la réforme de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) ne devrait pas changer grand-chose à cet égard.
2| Voir Christopher Lane, Comment la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions, Flammarion, 2009.
3| Un rapport parlementaire sur l’usage des psychotropes (Maryvonne Briot, 2006) mentionnait une étude d’une caisse régionale d’assurance maladie relevant des cas d’administration de psychotropes « aux âges les plus précoces de la vie, parfois même dès la première année ».
Bibliographie
• François Gonon, « La psychiatrie biologique : une bulle spéculative?? », Esprit, novembre 2011, p. 54-73. Par un neurobiologiste.
• David Healy, Le Temps des antidépresseurs, Les Empêcheurs de penser en rond, 2002. Ouvrage polémique mais bien documenté.
• Antoine Pelissolo, Bien se soigner avec les médicaments psy, Odile Jacob, 2005. Un livre clair écrit par un praticien expérimenté.




























