Effet de serre : un sceptique encombrant
« Brèches énormes dans notre savoir, caractère dispersé des observations disponibles, superficialité de nos théories… » Pourquoi un grand savant tranquille est sorti de sa tanière, à 85 ans, pour s’en prendre au discours dominant sur le changement climatique.
Le Livre
Le scientifique comme rebelle
par Freeman Dyson
New York Review of Books Collections
© Imke Lass/Redux/REA
Dyson, malgré son air de lutin, est un personnage autrement plus redoutable que la cohorte de réactionnaires grincheux niant le réchauffement climatique.
Pendant plus d’un demi-siècle, l’éminent physicien Freeman Dyson a vécu discrètement à Princeton, sur le terrain boisé d’une ancienne ferme occupé par son employeur, l’Institute for Advanced Study, la plus sélecte des communautés de chercheurs aux États-Unis. Mais sa tranquillité s’est évanouie depuis que la question du réchauffement climatique l’a fait « sortir de son trou », comme il dit. Sites Web, courriers aux journaux et sa propre boîte électronique, engorgée, charrient un flot brûlant d’invectives. Dyson s’est découvert « crétin prétentieux », « enflé », « fosse septique de désinformation », « vieille pie sur le retour » et, inévitablement, « savant fou ». Il avait avancé que les accès de fièvre du climat n’étaient peut-être pas si néfastes, puisque le dioxyde de carbone favorise la croissance des plantes de toute sorte. Plus tard, il avait ajouté que si le niveau de CO2 montait trop haut, il serait toujours possible de le réduire en cultivant massivement des arbres mangeurs de carbone spécialement conçus à cet effet [1]. Sur quoi Eric Posner, professeur de droit à l’université de Chicago, parcourut du regard l’épais maquis de doctorats honoris causa reçus par Dyson – vingt et un en tout – et suggéra qu’on pouvait « peut-être aussi concevoir des arbres capables d’indiquer le chemin à un randonneur é (...)
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Notes
1| Voir notre dossier « Climat : qui va payer?? La solution au réchauffement de la planète », Books, no 3, avril 2009.
2| Dyson est né le 15 décembre 1923.
3| La contribution de Dyson a consisté à montrer que les diverses voies d’approche permettant d’unir théorie quantique et électrodynamique pouvaient se ramener à une seule. L’électrodynamique quantique dont est issue cette union décrit les interactions entre électrons, positrons et photons, autrement dit entre matière et lumière.
4| Seul le second de ces livres a été traduit en français : Les Dérangeur de l’Univers, Payot 1986.
5| Décrit plus loin dans l’article, ce projet a fait l’objet d’un livre de George Dyson, le fils de Freeman : Project Orion, the True Story of the Atomic Spaceship, Henry Holt, 2002.
6| Voir notre dossier « Climat : qui va payer?? La solution au réchauffement de la planète », Books, no 3, avril 2009.
7| Daedalus est un classique, malheureusement non disponible en français.
8| « Je ne souhaite pas contester », expression employée en droit anglo-saxon.
9| « Le réductionnisme est une question de tempérament », a-t-il écrit ailleurs. « Je ne suis pas un réductionniste de tempérament. Je ne nie pas la puissance et la beauté de la science réductionniste, mais j’accorde autant de puissance et de beauté à la science constructive » (The New York Review of Books, 5 octobre 1995).
Bibliographie
Freeman Dyson, La Vie dans l’univers. Réflexions d’un physicien, Gallimard, 2009. Sept essais de Dyson, issus de conférences. Pour non-spécialistes. Titre d’origine : A Many-Colored Glass. Reflections on the Place of Life in the Universe, University of Virginia Press, 2007.
Freeman Dyson, Le Soleil, le génome et Internet, Flammarion, 2001. Titre d’origine : The Sun, the Genome and the Internet, Oxford University Press, 1999.
Freeman Dyson, D’Eros à Gaïa. Pour une science à l’échelle humaine, Seuil, 1998. Titre d’origine : From Eros to Gaia, Pantheon, 1992
Sources de l'article
New York Times Magazine



























