La femme aux cellules immortelles
Il y a aujourd’hui plus de cellules d’Henrietta Lacks dans les laboratoires qu’il n’y en eut jamais dans le corps de cette Américaine noire et pauvre, morte en 1951. Tous les biologistes connaissent son nom. Mais peu savent le désarroi de ses enfants quand ils découvrirent, vingt ans plus tard, que leur mère avait révolutionné la médecine.
Le Livre
La Vie immortelle d’Henrietta Lacks
Rebecca Skloot avait 16 ans lorsqu’elle entendit pour la première fois parler d’Henrietta Lacks, dans un cours de biologie. Devenue journaliste scientifique, elle a enquêté pendant dix ans sur cette femme à l’origine de la première lignée de cellules humaines immortelles.
par Rebecca Skloot
Calmann-Lévy
© Courtesy of the Lacks family
Henrietta Lacks avec son mari David, photographiés vers 1945. Il existerait 17?000 brevets protégeant des cellules HeLa, qui génèrent des revenus considérables. Mais la famille de la jeune femme n’en a jamais profité.
Feuilletez n’importe quelle revue de biologie, vous tomberez forcément sur des publicités pour les cellules HeLa, qui se vendent aux laboratoires du monde entier. Leur prix varie de quelques centaines à quelques milliers de dollars la fiole, selon les versions. Nombre d’acheteurs savent depuis longtemps que, derrière l’anodine et omniprésente étiquette HeLa se cache l’histoire d’un être humain. Le livre remarquable de Rebecca Skloot est désormais là pour leur en révéler les détails.
HeLa est le diminutif d’Henrietta Lacks. L’agonie de cette jeune mère afro-américaine de cinq enfants, morte il y a soixante ans, a ouvert la voie à une révolution médicale silencieuse. En janvier 1951, Henrietta Lacks était admise dans une salle de consultation réservée aux Noirs de l’hôpital Johns Hopkins, à Baltimore. Elle se plaignait de douleurs abdominales et de saignements irréguliers. Une semaine plus tard, elle revenait pour recevoir un traitement au radium (1) ; on lui avait diagnostiqué un cancer du col de l’utérus. Avant de commencer, le chirurgien préleva une petite quantité de tissus sur sa tumeur pour l’envoyer au laboratoire de George et Margaret Gey, qui tentaient alors de découvrir des cellules capabl (...)
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Notes
1| Le radium est un métal utilisé dans la curiethérapie, une forme de radiothérapie consistant à introduire des éléments radioactifs dans l’organisme, directement au contact de la tumeur.
2| Gey est l’inventeur de la culture cellulaire en rotation. « Il était persuadé que le milieu de culture devait être agité en permanence, tout comme dans le corps humain le sang et les fluides organiques circulent autour des cellules, transportant les déchets et les éléments nutritifs » (La Vie immortelle d’Henrietta Lacks, p. 55).
3| L’« expérience » de Tuskegee a été menée de 1932 à 1972 sur des hommes noirs et souvent peu éduqués de cette petite ville d’Alabama, à qui l’on promit des soins médicaux gratuits. Le président Clinton a présenté ses excuses pour ce scandale en 1997.
Bibliographie
Didier Sicard, L’Éthique médicale et la bioéthique, PUF, 2011. Un point précis et actualisé sur les enjeux éthiques de la médecine et de la recherche, par un professeur qui présida jusqu’en 2008 le Comité consultatif national d’éthique. Un chapitre est consacré à la notion de consentement.
Sources de l'article
London Review of Books
Ce bimensuel britannique a été créé en 1979. La LRB fut dans ses six premiers mois d’existence un supplément de la prestigieuse New York review of Books. Mais, depuis mai 1980, elle vole de ses propres ailes. Sa diffusion atteint 45 000 exemplaires.



























