Sciences

Jeudi 26 février 2009

Numéro 3

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Les remèdes énergiques sont les pires

Les stratégies radicales préconisées par certains économistes ou écologistes risquent de détourner des ressources précieuses pour des bénéfices incertains. La solution d’un économiste, et celle d’un scientifique.

Le Livre

Une question d’équilibre. Peser les options d’une politique de lutte contre le réchauffement climatique
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William Nordhaus, professeur à Yale, est un spécialiste de la modélisation économique et de son application au problème du réchauffement climatique. Il s’inscrit dans la tradition keynésienne.

par William Nordhaus

Yale University Press

Je commence par un prologue, décrivant les mesures qui ont fait passer le réchauffement climatique du statut de vague spéculation théorique à celui d’une science observationnelle précise. Un célèbre graphique montre l’évolution de la proportion de dioxyde de carbone (CO2) présent dans l’atmosphère, mois après mois et année après année. Il fournit la démonstration la plus solide et la plus précise de l’effet des activités humaines sur l’environnement. Ce graphique est connu sous le nom de « courbe de Keeling » car il résume l’œuvre d’une vie, celle de Charles David Keeling, professeur à l’Institut océanographique Scripps de La Jolla, en Californie. Keeling a mesuré la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère pendant quarante-sept ans, de 1958 à 2005, année de sa mort. Il a conçu et fabriqué les instruments qui ont rendu possibles des calculs précis. Il a commencé de prendre ses mesures près du sommet du Mauna Loa, un volcan endormi de la grande île d’Hawaii.
Il avait choisi l’endroit pour observatoire car, loin de tout continent, l’air ambiant n’y est pas contaminé par les activités humaines ou la végétation. Les mesures ont continué après son décès. Elles montrent un accroissement ininterrompu sur cinquante ans du taux de CO2 dans l’atmosphère (voir p. 18). Le graphique révèle deux phénomènes manifestes et remarquables. D’abord, une augmentation régulière du taux de CO2, de 315 pa (...)

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Commentaires
Notes

1| DICE est l’acronyme de Dynamic Integrated Model of Climate and the Economy (Modèle dynamique intégré du climat et de l’économie). « DICE est la dernière génération d’une série de modèles élaborés dans ce secteur », écrit Nordhaus dans son livre (NdlR).

2| Le raisonnement de Nordhaus porte, pour simplifier, sur le seul CO2. Mais il vaut pour les autres gaz à effet de serre (NdlR).

3| N. Stern, The Economics of Climate Change. The Stern Review, Cambridge University Press, 2007. Professeur à la London School of Economics, Nicholas Stern a été l’économiste en chef de la Banque mondiale de 2000 à 2003.

4| C’est l’ordre de grandeur du krach fi ancier de 2008 [NdlR].

5| GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

6| Une molécule de carbone reste à peu près douze ans dans l’atmosphère avant d’être absorbée par un végétal terrestre. Si l’on tient compte de l’absorption de carbone par les océans, la durée de maintien dans l’atmosphère est proche de cinq ans.

Bibliographie

Édouard Bard, L’Homme et le climat : une liaison dangereuse, Gallimard, coll. «Découvertes », 2005.

Catherine Gauthier et Jean-Louis Fellous, Eau, pétrole, climat : un monde en panne sèche, Odile Jacob 2008.

Sylvie Faucheux et Haitham Joumni, Économie et politique des changements climatiques, La Découverte, 2005

Jean Jouzel, Claude Lorius, Dominique Raynaud, Planète blanche. Les glaces, le climat et l’environnement, Odile Jacob 2008.

William F. Ruddiman, Earth’s Climate. Past and Future, W.H. Freeman, 2007.

Sources de l'article

The New York Review of Books

Créé en 1963, ce bimensuel publié à New York est une véritable institution intellectuelle et littéraire. Rédigés par les meilleurs auteurs, ses essais se distinguent par une exceptionnelle qualité d’écriture et de réflexion. Hannah Arendt, Jean-Paul Sartre, Nadine Gordimer, Vaclav Havel, Gore Vidal ont écrit dans ses colonnes, faisant le succès (125 000 exemplaires vendus) et la réputation de la New York Review.

Dyson et les climatologues

« La grande vertu de l’analyse économique de Nordhaus est qu’elle demeure valide même si la thèse majoritaire est fausse », écrit Freeman Dyson dans la suite du présent article, où il rend compte d’un ouvrage collectif sur le réchauffement climatique (1). C’est un recueil actualisé de conférences données en 2005. S’y affrontent le point de vue de la majorité des climatologues, pour lesquels le réchauffement climatique est le problème numéro 1 de la planète, et celui d’une minorité plus sceptique, dont Richard Lindzen, professeur au Massachusetts Institute of Technology. Selon Lindzen, « les observations actuelles suggèrent que la sensibilité du climat réel aux émissions de CO2 est bien moindre que celle trouvée par les modèles informatiques, où nombre de processus sont clairement mal représentés ». Dyson, qui est physicien, ne cache pas son intérêt pour ce point de vue. Ni son irritation devant ce qu’il appelle le « dogmatisme » de nombreux représentants du point de vue majoritaire.
Après avoir observé que « l’environnementalisme a remplacé le socialisme comme principale religion séculière », il écrit : « Malheureusement, certains membres du mouvement écologiste ont adopté un article de foi selon lequel le réchauffement climatique est la principale menace qui pèse sur l’environnement de la planète. C’est l’une des raisons pour lesquelles le débat sur le réchauffement est devenu si acide et passionné. Une bonne partie de l’opinion en est venue à considérer que toute personne affichant son scepticisme sur les dangers du réchauffement était un ennemi de l’environnement. Or nombre de sceptiques sont des écologistes fervents. Ils sont horrifiés de voir le réchauffement climatique distraire l’attention du public de dangers plus sérieux et plus immédiats, comme les armements nucléaires, la dégradation de l’environnement et l’injustice sociale. » 

(1) Ernesto Zedillo et al., Global Warming. Looking Beyond Kyoto (« Réchauffement climatique. Au-delà de Kyoto »), Brookings Institution Press, 2008.

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L'auteur de l'article

Freeman Dyson

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Freeman Dyson est un grand physicien américain d’origine britannique, spécialiste de physique quantique. Son dernier livre, The Scientist as Rebel («  Le savant comme rebelle »), paru en 2007, rassemble ses articles publiés dans la New York Review of Books.

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