Sciences

Vendredi 21 août 2009

Numéro 8

Imprimer cet article Envoyer cet article à un ami Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Facebook

L’intelligence, ça compte, mais…

À en juger par les dernières recherches, le QI dépend sans doute plus de l’histoire de chacun que de ses gènes. Et ce n’est qu’un élément parmi bien d’autres dans l’explication de la réussite.

Le Livre

L’intelligence et comment l’acquérir. Pourquoi l’école et la culture comptent
n8 dossier 2 the intelligence and how to get it.jpg
Richard E. Nisbett est professeur de psychologie cognitive à l’université du Michigan. Il a aussi publié « Géographie de la pensée. Pourquoi les Asiatiques
et les Occidentaux pensent différemment ». Aucun de ses livres n’est traduit en français.

par E. Richard Nisbett

Norton, non traduit en français

n8-dossier-2-bd.jpg

Le succès dans la vie dépend de l’intelligence, laquelle se mesure en testant le quotient intellectuel (QI). L’intelligence est principalement une question d’hérédité, nous le savons grâce aux études sur des jumeaux monozygotes élevés séparément. Les différences d’un individu à l’autre en matière de QI sont surtout d’ordre génétique, et l’on peut penser qu’il en va de même d’un groupe humain à l’autre. D’où il ressort que le classement des groupes raciaux ou ethniques en fonction de leur QI – Juifs ashkénazes au sommet, Asiatiques en deuxième, suivis des Blancs puis, enfin, des Noirs – est affaire de nature, non de culture. Les programmes visant à élever le niveau d’intelligence sont donc parfaitement vains. Inscrites dans les gènes, les inégalités cognitives sont destinées à perdurer, comme les inégalités sociales qui en découlent.


La preuve par les jumeaux ?

Je viens de résumer, en caricaturant à peine, ce que pensent les tenants de la conception héréditaire de l’intelligence. Tel est le point de vue, par exemple, de Richard J. Herrnstein et Charles Murray dans The Bell Curve (« La courbe en cloche »), paru en 1994, et d’Arthur A. Jensen dans The g Factor (« Le facteur g »), paru en 1998. Bien qu’on ait largement dénoncé l’héréditarisme comme une forme de racisme mâtinée de pseudo-science, ces livres s’appuyaient sur un vaste corpus de recherches et une (...)

Pour accéder à cet article, vous pouvez :
- vous inscrire sur le site de Books pour découvrir librement trois contenus du journal : cliquez ici
- souscrire à notre offre d’essai web : pour 6,5€ tous nos articles et toutes nos archives accessibles gratuitement pendant un mois, cliquez ici
- vous abonner à Books : voir l’intégralité de nos offres ici
Déjà abonné ? Identifiez-vous

Commentaires
Bibliographie
En français
Boris Cyrulnik, Les Vilains Petits Canards, Odile Jacob, 2001.
Norbert Elias, Mozart, sociologie d’un génie, Seuil, 1991.
François Nourissier, À défaut de génie, Gallimard, 2000.
Claude Thélot, L’Origine des génies, Seuil, 2003.
Denora Tia, Beethoven et la construction du génie, Fayard, 1998.
Edgar Zilsel, Le Génie. Histoire d’une notion de l’Antiquité à la Renaissance, Éditions de Minuit, 1998.

En anglais
Peter Kivy, The Possessor and the Possessed. Handel, Mozart, Beethoven and the Idea of Musical Genius (« Le possesseur et le possédé. Handel, Mozart, Beethoven et l’idée de génie musical »), Yale University Press, 2001.
Sources de l'article

The New York Times

Fondé en 1851, le premier grand quotidien américain diffuse principalement sur la côte Est. Comme celles des autres quotidiens, les ventes sont en baisse régulière, mais continuent d’avoisiner le million d’exemplaires (1,4 million pour l’édition du dimanche). Son site Web est le premier site d’information au monde. Une sélection d’articles du New York Times se retrouve dans le International Herald Tribune.

Le QI exceptionnel de Bush

George Bush est crédité d’un QI de 120, nettement au-dessus de la moyenne. Le créditera-t-on pour autant d’une intelligence exceptionnelle ? Ne s’est-il pas lourdement trompé sur quantité de sujets ? N’a-t-il pas fait preuve d’une confiance en soi excessive ? Le problème, estime Keith E. Stanovich, chercheur à l’université de Toronto, c’est que les tests de QI ne rendent compte que d’une fraction – certes significative – des facultés intellectuelles. Ils ne disent rien, en particulier, de la capacité à prendre des décisions rationnelles ou raisonnables, d’adapter intelligemment son comportement, de hiérarchiser convenablement les priorités, d’évaluer correctement les données disponibles dans une situation complexe. Un QI élevé n’est en aucun cas une garantie contre la prise de décisions stupides. Ne rendant pas compte de données fondamentales du tempérament, il n’est pas non plus un indicateur de talent ou de créativité.

What Intelligence Tests Miss. The Psychology of Rational Thought
(« Ce que ratent les tests d’intelligence. Psychologie de la pensée rationnelle »), par Keith E. Stanovich, Yale University Press, 2008.

Tous les livres

L'auteur de l'article

Jim Holt

n8-dossier-2-holt-jim-bd 01.jpg Journaliste, Jim Holt collabore régulièrement au New York Times Magazine et au New Yorker, où il traite plus particulièrement de sciences et de philosophie. Il est l’auteur d’un livre sur les blagues : Stop Me If You’ve Heard This. A History and Philosophy of Jokes (« Arrête-moi si tu la connais. Histoire et philosophie des blagues », W.W. Norton & Co., 2008).

De cet auteur

Dans ce dossier

Le secret des réussites hors normes

Qu’elle est belle, ma théorie !

« J’ai gagné à la loterie ovarienne », dit Warren Buffett en pensant à ses gènes, mais aussi à ses parents. À quelles conditions le succès hors normes est-il possible ? Les théories les plus (...)

Lire la suite

Jeunes prodiges et vieux génies

Un écrivain comme Ben Fountain, un peintre comme Cézanne se sont révélés sur le tard. À l’inverse d’un Foer ou d’un Picasso. Le génie n’attend pas le nombre des années… sauf quand il (...)

Lire la suite

Blog

Tous les blogs

Le planisphère de Books

Articles, livres et auteurs par pays