Si les hommes étaient rouges et les femmes vertes…
par Olivier Postel-Vinay

Si les hommes étaient rouges et les femmes vertes…

20417-b1711c Publié dans le magazine Books, novembre 2012. Par Olivier Postel-Vinay

Si nous étions tous des hermaphrodites, comme les escargots, la discussion sur le sexe du cerveau tournerait court. Et que serait-elle si les hommes étaient rouges et les femmes vertes ? L’hypothèse est moins absurde que la première, car chez certains gibbons, grands singes proches de nous sur l’arbre des espèces, le mâle est d’une couleur, la femelle d’une autre. Le débat entre les tenants d’une « différence essentielle » entre les sexes et ceux de l’« identité sexuelle » en serait peut-être simplifié. Je dis « peut-être » parce que la force de nos préjugés ou de notre imprégnation idéologique est telle qu’ils nous conduisent parfois à nier l’évidence. La différence entre les sexes est en réalité bien visible, même pour ceux d’entre nous qui ne se promènent pas tout nus du matin au soir. À l’ère de la « théorie du genre », il est touchant de voir, dans les rues de nos villes, à quel point  la « femelle humaine », comme disait Simone de Beauvoir, tient à afficher, voire à accuser sa féminité. Et, à vrai dire, le mâle humain n’est pas en reste – quand il n’oblige pas la femelle à se voiler de la tête aux pieds. Voilà bien un domaine où la culture tend à aiguiser la différence produite par la nature, plutôt qu’à l’estomper. C’est d’ailleurs assez naturel, tant la culture est à bien des égards le prolongement de la nature. Du point de vue de celle-ci, la différence est aussi puissante que nécessaire. Puissante, car l’écart génétique entre les sexes écrase par son ampleur toutes les autres différences génétiques. Nécessaire, car c’est elle qui assure la reproduction de l’espèce. Que cela plaise ou non, il s’ensuit un minimum de câblage des comportements, du moins de ceux impliqués dans la recherche d’un partenaire. Mais ce « minimum » représente beaucoup ; ses incidences sont nombreuses. Générée par notre gros cerveau, l’évolution culturelle a certes fait exploser la complexité de l’humaine nature ; elle n’en a pas changé les fondamentaux. Ce gros cerveau rend possibles des phénomènes aussi surprenants que la transsexualité et la négation des différences sexuelles. Il n’en reste pas moins forgé sur l’enclume de nos origines.

 

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