Sloterdijk, la majesté d’un provocateur
par Joshua Mostafa

Sloterdijk, la majesté d’un provocateur

Résolument à contre-courant, le philosophe allemand ose la fresque à l’heure de la mort prétendue des « grands récits », résiste à l’individualisme triomphant en soulignant la dimension communautaire de toute expérience humaine, et propose la sélection génétique comme substitut à l’humanisme défaillant… Mais aussi baroque et urticante soit-elle, cette œuvre d’une prétention héroïque est des plus stimulantes pour qui veut réfléchir à l’avenir de l’humanité.

22273-f771b0 Publié dans le magazine Books, février 2014. Par Joshua Mostafa
Au début de son essai controversé Règles pour le parc humain (1999) (1), le philosophe allemand Peter Sloterdijk cite le poète Jean Paul, qui définissait les livres comme de « longues lettres adressées à des amis ». Avec ses plus de 600 pages, Bulles est assurément une bien longue lettre. Et encore, il ne s’agit que du premier volume d’une trilogie, intitulée Sphères (1998) (2). Chacun des trois tomes développe le motif de la sphère sous un angle particulier (et complémentaire des deux autres), pour décrire les « espaces de coexistence » qu’habitent les êtres humains. Bulles se concentre sur les « microsphères », à la fois les plus intimes et les plus originels de ces espaces, à l’image de l’utérus, du lien qui unit deux amants ou de celui qui relie le sujet humain à Dieu. Les deuxième et troisième volumes étudient d’autres types de sphères : il y a d’abord le monde, considéré comme une « macro-sphère » cosmopolite, puis le réseau décentralisé des diverses sphères sociales et culturelles contemporaines, dans lequel a sombré le concept d’une totalité centrale et autostructurante (qu’il s’agisse de la Religion, du Mythe, de la Science ou des Lumières). Notre vie consiste dès lors à évoluer dans un océan de sphères fragmentaires et pourtant contiguës, que Sloterdijk compare à de l’« écume ». Voilà qui rappelle d’autres analyses de ce qu’on est convenu d’appeler la condition postmoderne. Mais Sloterdijk récuse la thèse postmoderniste proclamant, avec Jean-François Lyotard, que l’ère des « grands récits » serait révolue et que les systèmes conceptuels totalisants auraient perdu leur pouvoir explicatif…

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