Castro : portrait d’un hypnotiseur
Comment expliquer que le dictateur communiste soit encore là, cinquante ans après sa prise du pouvoir ? Ce héros romantique a tissé avec son peuple une relation charnelle.
Le Livre
Fidel, mon père. Confessions de la fille rebelle de Castro
par Alina Fernández
plon
© Ribeiro Antonio/Gamma/Eyedea
Avec l’âge, le regard inspiré de Fidel a cédé la place au regard fixe des grands malades.
Si vous êtes Cubain et proche de la quarantaine, Castro a occupé votre cœur et vos pensées, ne serait-ce qu’une infime seconde, chaque jour de votre vie. Peut-être l’avez-vous vu pour la première fois Plaza de la Revolución, quand les colombes sont venues se percher sur ses épaules lors de son premier discours après sa prise de pouvoir. Même si vous n’y étiez pas, vous vous rappelez cet événement comme si vous l’aviez vécu, parce que cette image est désormais partie intégrante de la mémoire nationale. Fidel a visité les pouponnières et les jardins d’enfant flambant neufs, il vous a fait sauter sur ses genoux, il a tapoté le dos de l’instituteur et, de sa voix parcheminée, vous a dit que vous étiez l’avenir de la révolution. Plus tard, il recouvrirait Cuba de son regard solennel et inspiré, tel un manteau protecteur – vous l’avez vu sur chaque affiche et sur chaque fresque de votre barrio : « Avec Fidel, pour toute la vie », « Dans chaque barrio, Revolución ! »
Vous pensez à Fidel quand vous recevez votre bandana rouge de Jeune Pionnier et votre carte de la Jeunesse communiste. Vous vous cramponnez à lui quand il est le seul rempart entre vous et le grand mur brumeux de la mort, à 150 kilomètres de là. L’invasion. La catastrophe nucléaire. L’anéantissement total par des destructeurs aux yeux bleus. Fidel vous protège. Vous n’êtes qu’un enfant, mais (...)
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Notes
1| À partir de 1975, Cuba soutient le pouvoir communiste angolais, menacé par les rebelles de l’Unita et leurs alliés sud-africains.(NdlR)
2| Le 20 avril 1980, Castro ouvre le port de Mariel, au nord de Cuba, aux candidats à l’exil. 125?000 Cubains, surnommés marielitos, débarquent sur les côtes de Floride. (NdlR)
3| Un Grano de Maíz. Conversación con Fidel Castro
(« Un grain de maïs. Conversations avec Fidel Castro »), par Tomás Borge, (Fondo de Cultura Económica, 1992).
4| En octobre 1962, la crise des missiles oppose les États-Unis à l’URSS, à deux doigts de la guerre atomique. Khrouchtchev accepte de retirer les missiles, contre l’assurance que les États-Unis n’envahiraient pas Cuba.(NdlR)
5| Après les frères Castro et le Che, Camilo Cienfuegos est le plus populaire des révolutionnaires ayant débarqué à Cuba en 1956. (NdlR)
6| Castro. Trente ans de pouvoir absolu, par Tad Szulc (Plon, 1987).
7| La santería est un culte populaire syncrétique afro-caribbéen. (NdlR)
8| Voir Havana Dreams, une histoire de la famille Revuelta, par Wendy Gimbel (Knopf, 1998).
9| Le texte se réfère ici à la célèbre comédie musicale hollywoodienne Le Roi et moi, réalisé par Walter Lang en 1956, avec Yul Brynner et Deborah Kerr. (NdlR)
10| Dans Sous-Commandant Marcos. La géniale imposture (Plon, 1998), les journalistes Bertrand de la Grange et Maite Rico estiment que les Cubains ont ainsi aidé le gouvernement mexicain à démanteler les guérillas avec un minimum de pertes. (NdlR)
Sources de l'article
The New York Review of Books
Créé en 1963, ce bimensuel publié à New York est une véritable institution intellectuelle et littéraire. Rédigés par les meilleurs auteurs, ses essais se distinguent par une exceptionnelle qualité d’écriture et de réflexion. Hannah Arendt, Jean-Paul Sartre, Nadine Gordimer, Vaclav Havel, Gore Vidal ont écrit dans ses colonnes, faisant le succès (125 000 exemplaires vendus) et la réputation de la New York Review.





























