Société & politique

Jeudi 25 août 2011

Numéro 25

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Comment peut-on être africain en Chine ?

Comme Joseph Nwaosu, des dizaines de milliers de commerçants africains considèrent la Chine comme un eldorado. Là, dans ce gigantesque atelier du monde, bien des opportunités sont à saisir. Malgré le racisme persistant, le harcèlement policier et les arnaques en tout genre, ils ne veulent pour rien au monde en partir.

Le Livre

Le discours sur les races dans la Chine contemporaine
the discourse of race in modern china

D’origine hollandaise, ayant grandi en Suisse, Frank Dikötter est historien, spécialiste de la Chine. Il enseigne à l’université de Hong Kong et à la prestigieuse École des études africaines et orientales de l’université de Londres. Son dernier ouvrage, Mao’s Great Famine (« La grande famine de Mao »), est consacré au Grand Bond en avant.

par Frank Dikötter

C. Hurst & Co

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Joseph Nwaosu, un exportateur nigérian, ne s’est pas encore acclimaté à l’humidité hivernale de Canton. Sur une chemise boutonnée jusqu’au col, il enfile d’ordinaire un épais pull-over marron à col roulé, et une parka beige fatiguée ; si nécessaire, il porte un bonnet de laine. Ces couches de vêtements l’aident à supporter son trajet quotidien. Depuis son appartement, où il dort sur un matelas à même le sol, pour un loyer de 40 dollars par mois, il lui faut une heure de bus et une demi-heure de marche pour atteindre son bureau, en face du Centre de vente et d’exportation de vêtements de Canaan, un bâtiment à demi éclairé aux murs rose pâle. La quasi-totalité des clients sont des commerçants originaires du Nigeria, du Mali, du Ghana et d’autres pays africains. Ils sont si nombreux à venir en Chine qu’en novembre 2008 Kenya Airways a inauguré une liaison entre Canton et Nairobi, première ligne sans escale entre la Chine continentale et l’Afrique. Depuis l’ouverture du Canaan Center, en 2003, des marchés similaires ont surgi alentour, où se pressent acheteurs africains et vendeurs chinois. Les chauffeurs de taxi appellent le quartier Chocolate City.

Le marché de Canaan donne sur la Guangyuan West Road &nd (...)

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Commentaires
Notes

1. En 2009, la Chine est même devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique. Elle l’est restée en 2010, année au cours de laquelle ses échanges avec le continent noir ont atteint 114,81 milliards de dollars.

2. Disponible en français sous le titre Le Livre des poèmes, en édition bilingue, aux éditions La Différence (trad. de Dominique Hoizey).

3. Cao Xueqin, Le Rêve dans le pavillon rouge, 2 vol., Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1981.

Bibliographie

• Fariba Adelkhah et Jean-François Bayart (dir.), Voyages du développement. Émigration, commerce, exil, Karthala, 2007. Dans ce livre de référence sur un aspect méconnu de la mondialisation, il faut signaler le chapitre éclairant de Roland Marchal sur les relations commerciales entre l’Afrique et l’Asie : « Hôtel Bangkok-Sahara ».

• Brigitte Bertoncello et Sylvie Bredeloup, « De Hong Kong à Canton, de nouveaux comptoirs africains s’organisent », Perspectives chinoises, 2007/1.

Sources de l'article

The New Yorker

Fondé en 1925, l’hebdomadaire chic de New York présente une description complète des événements culturels de la ville et une série d’articles de haut niveau, souvent rédigés par des écrivains. Il est aussi réputé pour ses cartoons, qui ponctuent la lecture de chaque numéro. La diffusion du New Yorker avoisine le million d’exemplaires.

Et être chinois en Afrique du Sud ?

L’histoire sud-africaine de la famille d’Ufrieda Ho débute dans les années 1940, lorsque son grand-père maternel, en quête d’une vie meilleure, décide de quitter Canton pour s’installer à Johannesburg. La ruée vers l’or y avait déjà attiré près de 60 000 de ses compatriotes au début du siècle. À son arrivée, il doit payer pour emprunter l’identité d’une famille déjà installée et ainsi éviter d’être détecté par les autorités. D’où le titre de l’ouvrage de sa petite-fille : Paper Sons and Daughters * (« Fils et filles de papier »). Sa femme et sa fille – la mère de Ho – le rejoindront dix-huit ans plus tard.

Aujourd’hui journaliste, Ufrieda Ho explique au quotidien The Citizen que ce livre autobiographique raconte sa « progression vers l’âge adulte tout en vivant à califourchon entre deux mondes » : « une Chine imaginée » à laquelle elle est reliée par un « cordon ombilical », et une Afrique du Sud de l’apartheid où elle se retrouve dans un no man’s land identitaire, un Chinois y étant alors classifié comme un « Blanc honoraire », à mi-chemin entre un Noir et un Blanc. Son père parvenait à faire vivre sa famille de quatre enfants grâce à un jeu illégal d’origine chinoise.

Publier ce livre est pour elle une manière de faire entendre dans l’Afrique du Sud contemporaine la voix de ces milliers de Chinois qui y forment une communauté importante, mais sur lesquels pèsent encore de nombreux préjugés. Une façon, juge-t-elle, de leur faire enfin prendre toute leur place dans la fameuse « nation arc-en-ciel ».

* Picador Africa, 2011.

 

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L'auteur de l'article

Evan Osnos

evan osnos

Diplômé de science politique de Harvard, Evan Osnos est le correspondant du New Yorker en Chine. Il habite Pékin depuis 2005 et tient un blog sur la Chine. Il prépare un livre sur ce pays.